Ce qui me tient à coeur

Alain Gachet : faire jaillir l’eau du désert grâce aux satellites

Voici la transcription (légèrement éditée) de l’intervention du Dr Alain Gachet, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 25 et 26 juin 2016 à Berlin.

 

Ingénieur des mines et explorateur, Alain Gachet a travaillé dans le pétrole avant de devenir un expert mondial de l’eau. Inventeur du procédé Watex (Water Exploration) qui permet de localiser des ressources aquifères à l’aide d’images radar satellite, on l’a surnommé « le sourcier des temps modernes ».

Son expertise est mondialement reconnue. Il vient de recevoir, en avril 2016, de la prestigieuse Space Foundation américaine, l’award de la Space Technology – Hall of Fame. Aujourd’hui, il est président de Radar Technologies International (RTI).

Il raconte sa découverte dans un récit autobiographique, L’homme qui fait jaillir l’eau du désert (octobre 2015, JC Lattès).

Retour à toute la conférence et aux autres orateurs.

Faire jaillir l’eau du désert grâce aux satellites

Je tiens à préciser tout de suite que je ne suis impliqué en aucune façon dans des questions politiques. Je suis simplement un scientifique. Je vais vous raconter une histoire un peu étrange, mais une histoire réelle qui m’est arrivée il y a une quinzaine d’années.

Voici d’abord des chiffres que tout le monde connaît : 1,1 milliard d’humains n’ont pas accès aujourd’hui à l’eau potable, et 5,3 milliards, c’est-à-dire les deux tiers de la population mondiale, vivront en 2050 dans une région subissant un stress hydrique.

Vous avez entendu parler du changement climatique, ce n’est pas une nouveauté. Les conséquences en sont fortement ressenties aujourd’hui. Le niveau des nappes phréatiques baisse de plus en plus, alors que nous avons une population mondiale qui connaît une croissance fulgurante. Ainsi, le changement climatique et une démographie en hausse signifient une demande croissante en eau et l’épuisement des réserves connues.

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Figure 1 : L’agriculture et la révolution industrielle ont provoqué une forte hausse de la démographie mondiale.
Crédit : Alain Gachet

Ce graphique (Figure 1) montre un phénomène que l’humanité n’a jamais eu à affronter. Au début de l’humanité, vers 10 000 ans avant JC, la terre comptait à peine 5 millions d’individus. Avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage au néolithique, ce nombre est passé à 250 millions. Ensuite, à la fin du XIXe siècle, la démographie fut sans précédent, atteignant les 6 milliards d’individus que nous sommes aujourd’hui. Comment l’humanité fera-t-elle face à ce défi ? C’est typiquement ce genre de réflexion induit par le changement de paradigme qui contribue à la notoriété mondiale de l’Institut Schiller.

Nous avons devant nous une chance inouïe

En effet, la clé de l’évolution humaine passe par la conversion de difficultés en opportunités. Et nous avons une chance inouïe. Les satellites de la NASA, qui orbitent autour de la Terre depuis plus de trente ans, ont permis à l’agence de calculer que le volume d’eau potable consommé par les humains est tout compte fait assez modeste par rapport aux ressources existantes, stockées en profondeur.

Quelques ordres de grandeur de l’eau sur Terre

JPEGCette représentation montre trois sphères bleues de différentes tailles par rapport à la Terre. Leur volume est fonction de l’eau qu’elles contiennent.

La plus grande sphère représente l’ensemble de l’eau présente sur Terre : elle n’est pas bien grosse par rapport au volume de notre planète.

La sphère de taille intermédiaire symbolise le volume d’eau douce liquide présente dans les eaux souterraines, les marécages, les rivières et les lacs. Son volume est d’environ 10633450 km3 et son diamètre de seulement 272,8 km. C’est bien cette sphère qui représente l’eau directement disponible pour tous les êtres vivants de notre planète, celle que nous buvons et que nous utilisons tous les jours pour notre toilette et nos activités. Rappelons que 99% de cette eau demeure inexploitable, enfouie dans les profondeurs du sous-sol.

Enfin, la petite bille bleue restante, à peine visible (cliquez sur l’image pour l’agrandir), représente l’eau douce contenue dans tous les lacs et rivières de notre planète. Son volume est de 93,113 km3 pour un diamètre d’environ 56,2 km. Il s’agit bien de l’eau de surface, directement exploitable par l’Homme.

Cette représentation donne une dimension tout à fait différente au qualificatif de « planète bleue ». Nous pouvons ainsi mesurer combien l’eau immédiatement disponible devient très limitée et donc précieuse.Il nous incombe à tous de préserver la qualité de cette eau et d’en faire le meilleure usage possible.

Source : ActivEau

En vérité, l’humanité s’est développée en puisant principalement dans les eaux de surface d’accès facile, comme les lacs et les rivières (93 113 km2 ou 3 % du total), alors que la majeure partie de l’eau douce se trouve en-dessous de la surface terrestre, dans le sous-sol (10 530 000 km3 ou 97 % du total). Cette richesse représente donc 33 fois le volume de toute l’eau consommée jusqu’à maintenant. Voilà la chance inouïe qui s’offre désormais à l’humanité et à son avenir à long terme.

Cependant, une question se pose : comment et où la trouver ? Voilà le vrai défi. Lorsqu’on sait que je viens de l’industrie pétrolière, on peut imaginer que je n’ai a priori rien à voir avec l’eau. L’eau n’est même pas cotée en bourse, elle n’a aucune valeur marchande, sauf si vous mourez de soif…mais là, c’est trop tard !

Un concours de circonstances

J’ai été amené à m’occuper de l’eau presque par hasard. Tout commence en 2002, lorsque j’étais employé par la société Shell pour un projet d’exploration pétrolière dans le désert de Syrte, en Libye. C’est alors qu’en examinant une image radar prise d’une hauteur de 800 km, je découvre une énorme fuite le long d’une conduite souterraine, l’aqueduc de la fameuse « rivière artificielle » construite par Kadhafi.

C’est alors que surgit tout-à-coup dans mon esprit une idée tout compte fait assez simple : si l’on peut voir des fuites souterraines, ne pourrait-on pas utiliser les images radar prises par satellite pour trouver de l’eau plus profonde ?

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Deux images de la même région en Libye. Alors que l’image couleur, à droite, indique avant tout la rugosité de la surface, l’image de gauche, également obtenu par radar, fait apparaître par hasard l’existence, dans le sous-sol, de l’énorme fuite d’eau dont souffrait la rivière artificielle créée par Kadhafi. Notez cependant que toutes les parties claires n’indiquent pas forcément des aquifères.

Techniquement, il faut savoir que les images radar visualisent avant tout la rugosité et les aspérités de la surface terrestre, comme le relief, la végétation ou encore les habitations. A ces indices, se mélangent sur la même image des traces plus profondes d’humidité du sous-sol.

En clair, il fallait trouver moyen de se débarrasser des indices de la surface pour ne visualiser que l’humidité en sous-sol, un vrai défi à relever. Cela m’a pris deux ans de travail de recherche intensif pour trouver l’algorithme de filtrage adéquat, que j’ai baptisé procédé « Watex » pour Water Exploration.

Crise du Darfour

Tout juste deux semaines après ma découverte, c’est la grande crise du Darfour qui éclate au Soudan en février 2004. Les gens du HCR (Haut commissariat des Nations unis pour les réfugiés, à Genève) m’appellent par téléphone. Ils ont eu vent de mon travail et me disent :

Alain, il y a 250 000 réfugiés fuyant le Soudan, qui sont arrivés précipitamment le long de la frontière tchadienne, sur un front de 650 km de long. On les accueille dans des camps, mais on dépense des millions de dollars pour leur apporter de l’eau par camions-citernes. Peux-tu nous aider à trouver de l’eau pour ces gens ?

« Je n’en sais bigrement rien, leur ai-je répondu. Pour l’instant, je n’ai aucune expérience dans ce domaine de l’humanitaire. Je viens juste d’inventer un procédé, mais dans ce contexte, on n’a pas le droit d’hésiter, alors fonçons ! » Me voilà donc brutalement catapulté de mon bureau sur le terrain, pour voir ce qu’on pouvait faire.

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Deux cartes d’une même région du Darfour. A droite, la rugosité de la surface, à gauche, les réserves aquifères du sous-sol.
Crédit : RTI

Voici une image radar du Darfour couvrant une surface de près de 400 km sur 400 km, c’est-à-dire 160 000 km2. C’est là que se trouvaient à l’époque 3 millions de personnes déplacées dans des camps. Que faire pour les aider ?

Regardez bien ces deux images de la même zone. Mon procédé m’a permis de passer de l’une (indiquant la rugosité et les aspérités de surface) à l’autre (indiquant exclusivement l’humidité du sous-sol). Sur la deuxième, on peut voir à 20 mètres sous terre grâce à cet algorithme « filtrant ».

Nous y découvrons un vaste réseau de rivières souterraines et si elles sont là, c’est qu’il y a de l’eau en quantité. On ne peut donc pas laisser mourir ces gens de soif alors qu’on voit ces belles artères irriguées qui se déploient en sous-sol sur des milliers de kilomètres !

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Etre un expert de l’eau n’est pas sans danger. Alain Gachet (au centre avec les cheveux blancs), ici protégé par les forces de maintien de la paix de l’ONU.
Crédit : RTI

Cependant, il va falloir faire parler la réalité du terrain. C’est là que l’aventure commence, car sur place, vous vous trouvez exposé en permanence à toute sorte de menaces physiques : vous devenez vous-même un réfugié, exposé à la soif et aux violences. Comme le montre cette photo, j’ai pu bénéficier d’une protection des forces de maintien de la paix de l’ONU. Toute une armada déployée pour me protéger.

Comme résultat : en deux ans, 1700 puits ont pu être forés au Darfour, avec un taux de réussite qui est passé de 33 % à 98 %. Au total, cela a rendu disponible de l’eau, non pas pour 3 mais pour 33 millions de personnes, et a permis d’économiser 500 millions de dollars dans le transport d’eau par camions-citernes.

Pour moi, c’est la réalisation d’un rêve. Lorsque j’ai découvert cette fuite d’eau en Libye et que je me suis décidé à éliminer les indices de rugosité de surface pour ne garder que l’humidité du sous-sol, j’ai compris que j’allais déchirer un rideau, franchir une des multiples portes de l’univers pour accéder à un autre monde qui existe de l’autre côté : le nouveau monde de l’eau profonde sous terre.

Le Turkana, au Kenya

Cette expérience m’a conduit à m’occuper de plus en plus de la question de l’eau. En 2011, une sécheresse terrible frappe la Corne de l’Afrique. Elle touche 33 millions de personnes vivant en Éthiopie, au Kenya et en Somalie. Je dois dire que juste avant, en 2007, la même sécheresse avait frappé le nord de la Syrie, détruisant l’économie, tuant le bétail, ravageant les récoltes et appauvrissant les populations qui se précipitent alors dans les villes pour tenter de s’en sortir. C’est le début du « printemps arabe », sans doute lié à ce phénomène. Mais cette sécheresse massive, c’était vraiment l’enfer.

J’arrive quelques mois après au nord du Kenya, au Turkana, une région aride sur la frontière du Sud-Soudan. Une fois de plus, la situation est épouvantable. Et lorsqu’on me demande de trouver de l’eau là-bas, je suis désespéré et désemparé, mais je garde à l’esprit que toute question a sa réponse.

Les données géologiques et les premières images satellitaires sont peu engageantes. Pourtant, on doit trouver de l’eau pour permettre aux 200 000 réfugiés entassés dans le camp de Kakuma de survivre. Une fois de plus, les résultats dépassent les espérances. Ils permettent notamment d’identifier des « trous noirs », ce qui est un bon signe, car cela signifie que l’eau se trouve à une telle profondeur qu’elle échappe aux images radar, mais qu’on peut probablement en trouver dans le sous-sol profond. Et l’identification de ces aquifères, en utilisant les données géophysiques et autres, nous permet de proposer cinq endroits choisis comme cibles pour des forages d’exploration.

La plaine du Lotikipi couvre une surface équivalente à plus de la moitié de la Belgique. Jamais il n’y a eu de forages dans cette région. Au total, avec nos forages on y a trouvé un aquifère de 200 milliards de mètres cubes d’eau, deux fois la taille du lac Léman à Genève. Lorsque j’ai demandé à l’ONU de forer là-bas, ils m’ont dit : Alain, tu es complètement fou ! Peut-être, mais si on trouve de l’eau, cela changera complètement la donne dans la région. Donc, on doit y aller.

Le coût ? Celui de forer un puits de 400 mètres de profondeur, là où l’eau devait se trouver. Je disposais d’échographies de compagnies pétrolières. Le fait d’avoir travaillé dans le pétrole m’a été très utile. En combinant ces relevés sismiques avec les « trous noirs » des images radar, la conviction m’est venue qu’il existait des réserves d’eau souterraines. De l’eau a jailli du puits dans une liesse incommensurable : deux cents milliards de mètres cubes d’eau potable nous y attendaient ! Pour obtenir quelques gouttes d’eau permettant de nourrir bétail et enfants, ces femmes devaient marcher 40 km par jour ! Tout cela pour de l’eau saumâtre. Pourtant, dans cet espace immense où je passais pour un dingue, j’ai découvert un potentiel considérable.

Eau, source de paix

Dans son récit autobiographique L’homme qui fait jaillir l’eau du désert, Alain Gachet décrit la réaction de la population locale :

« Les enfants, qui n’ont jamais vu autant d’eau claire, pure et abondante, jouent, rient et dansent sous cette douche improvisée. Les hommes Turkana bénissent la source en invoquant leurs dieux, mais ils les insultent aussi pour les avoir abandonnés si longtemps à la terrible sécheresse alors même que l’eau était là, sous leurs pieds.

Les femmes, elles, ont entamé une danse spontanée autour d’un magicien aux cheveux blancs, le remerciant de leurs chants. Elles ont compris en un instant que leur vie venait de basculer, que des rêves impossibles de prospérité étaient désormais à portée de main.

Ces danses sont les remerciements les plus émouvants et les plus spontanés que j’aie jamais reçus et ce, de la part de la population la plus déshéritée de la planète. L’espoir qui naît alors en moi est immense, car je sais qu’il concerne maintenant l’avenir. (…) Cette découverte laisse entrevoir toutes les possibilités désormais ouvertes à ces populations en détresse. Avec autant de réserves renouvelables, chaque puits pourrait entretenir un oasis de prospérité, un espace de réconciliation et de paix. »

Lodwar

Ensuite, je me suis rendu à Lodwar, la capitale du Turkana, où résident 10 000 personnes. Dans cette capitale de la pauvreté et de la saleté, les femmes fouillaient les bennes à ordures dans l’espoir de trouver quelques restes pour nourrir leurs enfants.

Grâce aux images satellitaires, on a découvert qu’une réserve d’eau souterraine existait à cinq kilomètres à peine de la capitale ! Personne n’avait eu l’idée de forer là, à 200 mètres de profondeur. Et le relevé sismique me donnait de nouveau une indication importante d’une aquifère riche de 10 à 12 milliards de mètres cubes d’eau potable à 200 mètres de profondeur, bien que le bassin ait une profondeur de 4 km. Cela vous donne une idée du potentiel très important de la région. Lors du forage, l’eau était de nouveau au rendez-vous. Les enfants n’avaient jamais vu autant d’eau fraîche, claire et potable de leur vie ! Pour les habitants, on les fait passer de l’enfer à la prospérité. Les femmes qui glanaient dans les poubelles, cultivent maintenant leur propre lopin de terre et peuvent nourrir leurs enfants. Cette eau leur rend leur dignité. Ils ont maintenant du bétail, qu’ils peuvent nourrir et abreuver tous les jours. Leurs chèvres leur donnent enfin du lait. Ils peuvent maintenant sauver leurs familles. Ils n’ont plus besoin d’aucune forme d’aide internationale pour survivre. Le gouvernement doit seulement payer les puits nécessaires pour exploiter cette richesse. Mais l’eau est là, en sous-sol, et elle est abondante et renouvelable, ce qui est extrêmement important.

Planter des arbres en Irak

Dernier chapitre, l’Irak, la partie la plus difficile. J’ai commencé à discuter avec les autorités irakiennes il y a cinq ans, à l’époque de Nouri al-Maliki (Premier ministre de 2006 à 2014). Le programme pour l’eau en Irak a été financé par l’UE sous la direction de l’UNESCO et a été mis en œuvre par ma société. On a décidé de prospecter l’eau sur l’ensemble du territoire irakien [et non pas dans une seule région]. L’Irak, comparé au Turkana, c’était vraiment un gros morceau à avaler, une énorme quantité de pixels de 6,5 mètres chacun. On a ainsi créé une image radar de très haute résolution pour tout l’Irak.

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Deux cartes de l’Irak. Avant le traitement des données (à droite) et après (à gauche).
Crédit : RTI

Comme je vous l’ai dit avant, les images radars sont très sensibles à la rugosité et aux aspérités de la surface. Sur cette carte (à droite), on voit les échos des toits métalliques des villes de Bagdad, Mossoul, Arbil, Souleimaniye, Ar Ruthba, etc.

Et ici vous voyez le Tigre et l’Euphrate. Une fois de plus, cette image (à droite, non traitée) visualise aussi bien la rugosité que l’humidité. Appliquons maintenant l’algorithme de filtrage pour ne garder que l’humidité sur l’ensemble du territoire irakien. On obtient un type d’image complètement nouveau (à gauche). Vous voyez maintenant le contenu en humidité de tout l’Irak jusqu’à vingt mètres en dessous de la surface du sol.

Cela améliore immédiatement les choix. Si vous voulez restaurer la végétation, ne plantez jamais d’arbres dans les parties en noir sur cette carte. Car cela signifie que l’eau se trouve bien en dessous des vingt mètres et donc inatteignable par les racines de vos arbres.

Vous voyez également le Tigre et l’Euphrate. Ils ont l’air franchement ridicules ! Pourquoi ? Parce que la Turquie et d’autres pays ont coupé l’eau entrant en Irak par leurs grands barrages en amont. Mais regardez ici, en haut sur la carte (à gauche), au Kurdistan, il y a plein de réserves d’eau. Et l’on peut imaginer que c’est pareil de l’autre côté de la frontière, en Syrie.

Al-Anbar (province occidentale d’Irak), un désert total ? Pas si sûr, car il y a des traces d’humidité. On continue à essayer de comprendre d’où vient cette humidité car elle ne vient pas de rivières (il y en a jamais ici) : cela vient du sous-sol profond.

Ainsi, cette carte comporte toutes les clés pour la reconstruction de l’Irak. Je ne parle que de l’Irak, parce que je n’ai étudié que ce pays, mais imaginez les conséquences pour le reste de la région.

Revenons un instant à la région de Sinjar, ici, dans le nord de l’Irak, près de la frontière syrienne. De larges plaines, une belle terre, un sol excellent où l’on peut faire pousser du blé. Aujourd’hui, ces terres sont en friche à cause de la guerre. Voici une photo de silos à grain abandonnés. On doit les remettre en état et mettre fin à la guerre. Voici une photo de la ville de Sinjar où vivaient 300 000 personnes, totalement ravagée aujourd’hui.

Conclusion

Pour moi, il n’existe pas de situation désespérée qui soit sans solution. On doit toujours se rappeler que dans la vie, il n’y a pas de problèmes, mais des questions et des réponses.

Cette nouvelle façon de voir le monde :

  1. révèle des ressources souterraines inconnues en eau ;
  2. peut permettre aux décideurs de fixer des priorités dans leurs objectifs ;
  3. permet la planification de la reconstruction post-conflit rapidement et efficacement.

L’efficacité de ces images dépend aussi de leur précision : l’on sait donc exactement où l’on doit aller.

Ainsi, les nouvelles technologies spatiales peuvent changer l’équilibre géopolitique des eaux souterraines en échappant au vieil adage : qui contrôle l’amont contrôle l’aval. Cependant, il est important de rappeler que la science doit rester au service du progrès de l’humanité.


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Retrouvez toute la conférence sur le site New Paradigm.

Crise financière

Brexit, banques italiennes, Deutsche Bank : c’est minuit qui sonne

Karel Vereycken
Fondateur d’Agora Erasmus
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Grèce : des personnes âgées tentent de retirer l’argent de leurs retraites de leur compte en banque…
Crédit : Reuters
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Nouvelle Solidarité N°1/2016 – S’abonner

Lors de sa campagne présidentielle en 2012, Jacques Cheminade n’avait cessé de marteler que sans une réorganisation de fond en comble du système financier transatlantique, une « finance folle » nous conduirait au chaos et à la guerre.

Malheureusement, pourrait-on dire, et les faits le prouvent, c’est lui qui avait raison quand les autres ont eu tort. Cette vérité dramatique souligne une fois de plus que les compromissions de nos « élites » et leur soumission à une véritable occupation financière, en font une partie du problème et non de la solution.

Or aujourd’hui, ce n’est plus une, mais plusieurs « bombes H financières » dont l’explosion simultanée menace tout le système. Car le Brexit, l’état des banques italiennes, suisses et françaises, la faillite non actée de Deutsche Bank, ne sont que les multiples sommets d’un iceberg géant capable de nous envoyer par le fond.

Le 6 juillet, le Wall Street Journal n’a pas hésité à évoquer l’image d’un « bain de sang bancaire mondial » en parlant des grosses banques. Ainsi, constatait-il, depuis début 2016, vingt des banques les plus importantes du monde ont perdu 465 milliards de dollars, c’est-à-dire un quart de leur valeur de marché ! Les plus fortes pertes ? UniCredit, (deux tiers de sa valeur), Royal Bank of Scotland (56 %), puis Crédit Suisse, Deutsche Bank et Barclays (autour de 50 %).

Assouplissement quantitatif, planche à billets, taux d’intérêt négatifs, argent hélicoptère, etc. n’auraient donc servi à rien ? Au contraire, ces liquidités, au lieu d’aider les banques à investir dans l’économie réelle, les ont incitées à spéculer encore davantage, et donc à encourir encore plus de pertes ! Les économistes, stipendiés le plus souvent par les banques, nous juraient qu’il s’agissait d’une simple crise de liquidités, alors qu’il s’agissait d’une crise d’insolvabilité !

Le Brexit fait éclater la bulle immobilière

Premier symptôme de cette équation, le Royaume-Uni, où les incertitudes et le flou entourant la période post-Brexit, provoquent l’implosion de la bulle immobilière. Alors que des centaines d’entreprises envisagent de relocaliser leur siège à Amsterdam ou Paris, comment maintenir la fiction de valeurs immobilières dépassant de 54 % leur valeur déjà record de 2008 ? Ainsi, face à des demandes de désengagement en masse, la moitié des fonds immobiliers britanniques, dans l’impossibilité de rembourser les investisseurs, ont été contraints de geler leurs opérations.

Or l’effondrement de l’immobilier au Royaume-Uni n’affectera pas seulement de grandes banques comme RBS et des investisseurs étrangers, mais tout un pan des classes moyennes britanniques très endettées. Ces dernières, convaincues d’avoir réalisé un placement à l’abri de toute épreuve (en hausse de 10 % par an depuis 2008 !), ont en effet contracté massivement des emprunts immobiliers.

Et avec le profit qu’elles en tiraient, elles ont souscrit à d’autres emprunts pour des achats supplémentaires bien au-delà des moyens que leur permettaient leurs salaires. Leur endettement est ainsi évalué à 130 % de leurs revenus ! Par conséquent, si la chute des valeurs immobilières persiste, des milliers de ménages britanniques seront rapidement contraints de réduire leur train de vie et donc leur consommation. De quoi provoquer un écroulement de la demande intérieure et donc… une récession.

Bail-in contre bail-out

Face à la crise systémique en zone euro, deux approches folles s’affrontent brutalement :

  • De l’autre, un courant plus national (Renzi, etc.) qui, face à la révolte de l’industrie, des PME et des épargnants au bord du suicide, exige, y compris pour des raisons électorales, qu’on injecte une fois de plus de l’argent public (bail-out) pour colmater les brèches afin d’éviter une désintégration en chaîne de tout le système, sans proposer quoi que ce soit pour régler le fond du problème.

Banques italiennes

Pour le premier courant, l’Italie est le « maillon faible ». « Il y a en Italie davantage de banques que de pizzerias », s’indigne le Financial Times. Selon ces ordolibéraux, à cause d’un management incompétent, les 700 banques italiennes petites et moyennes ont dilapidé des fortunes pour satisfaire le clientélisme local, avec comme résultat : 360 milliards d’euros de « créances douteuses », dont 200 milliards jugées irrécupérables. Ils oublient qu’en Italie, la crise a floué une partie des classes moyennes de plus en plus en difficulté avec leurs banquiers.

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L’avenir des banques françaises dépend plus de celui des italiennes que des allemandes. L’exposition des banques françaises aux banques italiennes représente 12,4 % du PIB français, alors que l’Allemagne n’en est qu’à 3,8 %. C’est sans doute pour cela que l’Italie est un bon acquéreur de bons du Trésor français.

Or ce qui arrive en Italie a de quoi faire peur. Depuis le 1er janvier, les actions de Monte Paschi di Siena (MPS) ont perdu 78 % de leur valeur (et 97 % de leur valeur en un an !) Avec 5 millions de clients, il s’agit de la plus vieille banque au monde et de la 3e d’Italie. Alors que sa capitalisation dépassait 15 milliards d’euros avant 2008, la banque toscane pèse aujourd’hui… moins de 800 millions.

Seulement, comme le souligne l’eurodéputé Marco Zanni, la part des créances italiennes liée à l’économie réelle par rapport à la partie spéculative, atteint souvent 80 %, alors qu’elle est parfois inverse chez les grandes banques allemandes et françaises, champions des produits dérivés et du trading à haute fréquence…

Deutsche Bankroute

Alors que Merkel et Schäuble affirment que Deutsche Bank est une banque robuste, sa valeur continue à chuter. Or, avec 52 000 milliards d’euros (chiffre DB 2014) de produits financiers dérivés dans son bilan en décembre 2014, la banque est une caricature de la « finance folle ». Au premier trimestre de 2016, la banque affichait un ratio de fonds propres (l’argent mis au pot par les actionnaires) sur engagements (toutes les lignes de crédit accordées et les positions de marché) de 36,2. Cela veut dire qu’elle a un levier de 36,2, alors que celui de Lehman Brothers n’était « que » de 23,3 avant sa chute… Et cela signifie que si ces « actifs » baissent de seulement 2,76 %, Deutsche Bank se retrouve techniquement en faillite. Pourtant ses engagements pèsent 1902 milliards d’euros, c’est-à-dire presque la moitié de toute l’économie allemande…

C’est une note du Fonds monétaire international (FMI) qui a tiré la sonnette d’alarme fin juin sur Deutsche Bank, la première banque privée allemande (et une des premières de la planète, par la taille de son bilan). Selon l’institution, ses liens avec les plus grandes banques mondiales en font le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble. « Deutsche Bank apparaît comme le plus important contributeur net en termes de risques systémiques, suivi par HSBC et Crédit suisse », précise le FMI, qui appelle à mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

Selon David Folkerts-Landau, l’économiste en chef de la Deutsche Bank, les banques européennes ont besoin en urgence de quelque 150 milliards d’euros afin d’éteindre l’incendie.

Bien que Schäuble et Merkel s’y opposent virulemment, Deutsche Bank en appelle à l’UE pour exiger un renflouement de tout le secteur bancaire européen avec l’argent public. Ce que l’Italie menace de faire au niveau national en injectant 40 milliards d’euros dans ses banques, la Deutsche Bank le propose au niveau européen. Avis partagé par l’économiste italien Lorenzo Bini Smaghi, président de la Société générale en France, pour qui le secteur bancaire européen « est gravement malade et doit s’attaquer à ses problèmes très rapidement, sinon on court à la catastrophe. Je ne suis pas un prophète de malheur, je suis juste réaliste. »

Début juillet, Deutsche Bank, dans sa note Focus Europe, propose son propre plan en six points pour sauver les banques européennes : injection de 28 milliards d’euros dans les banques italiennes ; suspension des règles du bail-in et du bail-out si nécessaire, permettant des renflouements avec l’argent public lorsqu’on est face à « une perturbation économique sérieuse » comme celle d’aujourd’hui ; admettre des recapitalisations bancaires, tant par des institutions européennes qu’au niveau national lorsque des « contraintes légales et politiques » se posent ; mise en œuvre accélérée d’une Union bancaire, en particulier la création d’un fonds de garantie européen des dépôts ; renoncement de la BCE à durcir la régulation et enfin, cesser de réduire les taux d’intérêt de base qui sont déjà en dessous de zéro et finissent par ruiner les banques en réduisant leurs marges de profit…

La fin de l’euro ?

Sur son blog, Jacques Attali, bien qu’en désaccord sur tel ou tel point, va globalement dans le même sens. En premier lieu, comme le milliardaire américain George Soros, il constate que son bébé, l’euro, est en danger de mort. Pour Attali, c’est précisément le clash entre les deux approches évoquées au début de cet article, qui risque de signer l’arrêt de mort de l’euro :

Aujourd’hui, il faudrait ponctionner une bonne part des économies des épargnants populaires italiens, qui ont placé leur argent en obligations de leurs banques [bail-in]. On voit très bien alors le scénario du pire : pour éviter que les Italiens ne retirent en masse leur argent de leurs comptes (bank run), le gouvernement, en violation des règles européennes, empruntera 40 milliards d’euros à la Banque centrale européenne pour financer ses propres banques [bail-out]. L’Allemagne n’acceptera pas cette folie financière, l’Union bancaire explosera à peine créée et l’euro n’y résistera pas.

Ce scénario « pourrait se déclencher au mois d’août, quand on connaîtra les résultats des tests effectués sur les banques italiennes. »

Retour aux principes

Tant qu’on persiste à chercher des solutions à l’intérieur des paramètres définis par le système lui-même, aucune solution ne sera possible. Il faut donc non seulement « penser hors de la boîte » (out of the box thinking) mais revenir aux principes mêmes de l’économie et de la monnaie :

  1. L’argent, la monnaie et le crédit n’ont aucune valeur en soi ;
  2. La seule légitimité d’une devise, c’est l’engagement de l’Etat émetteur, c’est-à-dire son engagement dans le temps donnant de la substance à la valeur nominale des créances ;
  3. La valeur de l’argent résulte de l’activité pour laquelle elle est émise. Un argent dépourvu de projet est sans valeur ;
  4. En mobilisant sa main d’œuvre qualifiée et sa technologie, un Etat peut transformer sa monnaie en richesse réelle ;
  5. L’euro n’est pas la monnaie d’un Etat-nation souverain. Or, comme l’a reconnu Jacques Attali en 2011, « une monnaie sans Etat, cela n’existe pas » ;
  6. Le statut de la BCE stipule qu’elle n’est pas le « prêteur de dernier ressort ». En cas de crise systémique, elle ne sert donc à rien.

Vu ces principes, on peut dire que la première « mesure », lors d’une crise bancaire aussi grave que celle qui éclate, c’est de rétablir la légitimité et la confiance, c’est-à-dire la souveraineté des États.

Aussi bien l’Italie, l’Allemagne que tout autre pays cherchant à remettre sur pied un système bancaire viable, ne peut pas procéder autrement : cela veut dire, sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN, non plus pour des raisons politiques, mais pour des raisons de réorganisation bancaire et monétaire.

Une fois rétablie cette autorité crédible, incarnée par une « Banque de la nation », chaque Etat pourra, dans le cadre de nationalisations sélectives et temporaires, « nettoyer les écuries d’Augias », c’est-à-dire faire le tri entre d’un côté des dettes légitimes à honorer, en les échelonnant dans la durée, et de l’autre, des dettes purement spéculatives, à passer par pertes et profits.

Si en Italie, bon nombre de crédits jugés un peu abusivement comme « non performants » garderont leur intérêt, l’immense majorité des produits financiers dérivés, purement spéculatifs, de la Deutsche Bank et autres banques européennes de ce type, prendront la direction de la morgue financière.

Appuyant ce processus, une séparation stricte (Glass-Steagall Act européen) entre la partie banque commerciale (dépôts, crédits) et la partie banque d’affaires, s’avèrera indispensable pour rétablir un minimum de confiance et éviter des retraits impromptus de liquidités (bank run).

Avec le nord de l’Italie, le Benelux et la Suisse, l’Allemagne reste le cœur de l’Europe des grandes PME et PMI industrielles. Faire battre ce cœur européen productif pour arroser de « crédit productif » toute l’Europe et au-delà est le défi le plus urgent à relever. Si la finance veut renaître, c’est en retournant à cette mission.

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Attentats de Bruxelles : pourquoi le FBI s’est disqualifié pour travailler avec la Belgique


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Lisa Monaco, responsable en matière de sécurité intérieure (Homeland Security) et de contre-terrorisme de Barack Obama, avec le Prince Abdulaziz bin Abdullah bin Abdulaziz, vice-ministre saoudien aux Affaires étrangères, dans son bureau à Riyad en septembre 2014.
Crédit : SPA

Déclaration dAgora Erasmus

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Nouvelle Solidarité N° 9/2016 – S’abonner.

Bruxelles, dimanche 15 mai 2016 – S’adressant à la Chambre des représentants de Belgique le 13 mai, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw a annoncé que le FBI et la Belgique avait créé une « joint investigation team » pour enquêter sur les attentats terroristes qui ont tué tant de personnes à l’aéroport de Zaventem et dans la station de métro Maelbeek à Bruxelles le 22 mars.

Donnant comme exemple des enjeux aussi élémentaires que le déchiffrement de données cryptées de smartphones, Van Leeuw a voulu démontrer que travailler de manière plus étroite avec le FBI permettra à la Belgique d’obtenir des réponses plus rapides que si elle était seule à formuler de telles demandes à des gouvernements étrangers.

Une équipe d’enquête commune avait déjà été créée avec la France après les attentats du 13 novembre à Paris. L’équipe conjointe avec le FBI est devenue opérationnelle il y a deux semaines.

Jusque là, on a envie de dire pourquoi pas ? Seulement, on apprend au même moment, que c’est Lisa Monaco, la responsable en matière de sécurité intérieure (Homeland Security) et de contre-terrorisme de Barack Obama, qui a été dépêchée par le FBI à Bruxelles pour coordonner le tout.

Parmi les nombreux postes occupés par cette ancienne juge fédérale, deux sont significatifs pour le sujet qui nous intéresse :

  1. Elle a été la conseillère spéciale du directeur du FBI Robert Mueller avant de devenir son chef de cabinet ;
  2. Elle a succédé à John Brennan en 2013 comme responsable de la sécurité intérieure (Homeland Security), quand ce dernier a été nommé par Obama à la tête de la CIA.

Pour tout gouvernement ayant un sens des responsabilités, ces seuls éléments du parcours professionnel de Mme Lisa Monaco devraient suffire pour la déclarer persona non grata en Belgique.

Car, le FBI est une agence américaine dont la haute direction, à plusieurs reprises, a été prise en flagrant délit en train de protéger des pays comme l’Arabie saoudite et d’autres qui sponsorisent le terrorisme international !

Bien que les équipes scientifiques et les professionnels du FBI comme d’autres agences soient les bienvenus pour travailler avec leurs collègues belges, nous espérons qu’à titre de clarification, les députés belges pourront poser quelques questions qui fâchent :

  1. Comment pouvons-nous faire confiance au FBI, alors que ses dirigeants ont été pris en flagrant délit en train de vouloir protéger à tout prix des pays comme l’Arabie saoudite et d’autres qui sponsorisent le terrorisme international ? Article de référence.
  2. N’est-ce pas un mauvais signe et contreproductif de recevoir une officielle américaine, dont les parrains actuels et passés, en l’occurrence Obama, Brennan et Mueller, s’opposent à la levée du « secret défense » des 28 pages du rapport final de la Commission d’enquête conjointe sur le 11 septembre du Congrès américain, alors que ces pages établissent un lien entre les pirates de l’air du 11 septembre et des hauts responsables saoudiens en poste à l’époque aux Etats-Unis, notamment l’ambassadeur saoudien de l’époque, le Prince Bandar bin Sultan ? Ceci est d’autant plus inquiétant que, selon les meilleurs experts, c’est précisément la publication d’un document de ce type qui pourrait prévenir des attentats prochains… Article de référence.
  3. Pourquoi travailler avec le FBI, alors que cette agence s’est engagée dans des actes d’intimidation contre une membre de la Chambre des représentants des États-Unis, Gwen Graham et contre son père Bob Graham, ancien sénateur américain, après que ceux-ci eurent lancé l’offensive pour la publication de ces 28 pages de manière à exposer le rôle de l’Arabie saoudite et les complicités américaines dans les attentats du 11 septembre ? Article de référence.
  4. Pourquoi alors ne pas répondre aussi favorablement à l’offre russe de coopération dans la lutte contre le terrorisme, alors que la Russie a prouvé, en Syrie, de manière indubitable, ses capacités à traquer et à détruire les réseaux terroristes qui ont tué chez nous ? Et pourquoi exclure d’office les échanges avec la Syrie, un pays qui, dixit Mme Monaco, « n’est pas un pays partenaire » dans la lutte contre le terrorisme ? Article de référence.

Il est incontestable que les enquêteurs belges et américains seraient fort reconnaissants que le Président Obama rende disponible et autorise la publication de tout document, et particulièrement des fameuses « 28 pages », permettant de lutter efficacement contre tout pays qui protège ou sponsorise le terrorisme. Les autorités belges, nous l’espérons, pourraient formellement en faire la demande.

Connaitre son adversaire

Euro 2016 : ils s’en footent plein les poches !

Karel Vereycken

Fondateur Agora Erasmus

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Le stade Allianz Riviera à Nice.
Crédit : Var Matin

« A qui rapporte l’Euro 2016 ? » C’est à cette question qu’ont voulu répondre quelques journalistes dans un dossier remarquable et bien documenté publié dans l’édition de juin 2016 d’Alternatives Économiques, en collaboration avec la rédaction du site Basta !

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A qui profite l’Euro 2016, numéro de juin 2016 d’Alternatives Economiques

Amoureux du ballon rond, François Hollande n’a cessé de souligner à quel point l’Euro 2016 « est une chance pour la France, pour nos clubs, pour nos territoires ». Il est permis d’en douter. Car si l’on ne sait pas combien rapportera l’Euro, on sait en revanche que la note sera salée.

Côté profits, c’est la puissante Fédération européenne des ligues de football (UEFA) qui s’arroge l’essentiel des bénéfices directs, totalement exonérés d’impôts…

Si elle assure l’organisation du tournoi pour un montant estimé à 650 millions d’euros (location des stades, gestion des billets, etc.), le reste (infrastructures, sécurité, fan-zones) reste à la charge de l’Etat et des villes hôtes.

Occupation financière oblige, les bénéfices iront au privé, les dépenses au contribuable…

Défiscalisé

Droits de retransmission télévisée, sponsoring et billetterie, l’UEFA compte empocher 1,9 milliard d’euros grâce à l’Euro 2016. Ce record s’explique par l’élargissement du nombre d’équipes participantes : 24, contre 16 pour les éditions précédentes.

Étonnamment, ce profit échappe à l’impôt. Et pas besoin d’installer son siège au Panama ! Accordée sous la présidence Sarkozy, c’est en 2014 qu’un petit article inséré dans le projet de loi de finances rectificative est adopté par la majorité socialiste.

Renonçant d’avance à 150 à 200 millions d’euros de recettes fiscales, l’Assemblée nationale exempte alors la société commerciale « Euro 2016 SAS », qui appartient à l’UEFA et à la Fédération française de football (FFF), d’impôt sur le revenu, d’impôt sur les sociétés, de taxe sur les salaires, taxe d’apprentissage, etc.

Et ce n’est qu’un début, car le gouvernement a étendu en juillet 2014 cette exonération à tous les autres grands événements sportifs organisés dans l’Hexagone. Sans doute pour convaincre nos citoyens que « la France va mieux » !

On ne pouvait pas faire autrement, nous dit-on. Car c’est avec seulement une voix d’avance sur la Turquie que la France a obtenu le droit d’accueillir la coupe. En clair, sans ce cadeau fiscal, adieu le ballon !

La dictature du profit

A cela s’ajoute que l’UEFA, qui a vendu des « droits d’exclusivité » aux grands sponsors, a tenté d’imposer un cahier de charges excessivement exigeant, dont une taxe de 600 euros aux petits commerces autour des stades et une redevance de plus de 1000 euros aux collectivités locales voulant retransmettre les matchs sur grand écran dans les quartiers populaires…

Ensuite, les primes qui seront versées par la FFF aux joueurs de l’équipe de France (à partir de 150 000 euros par joueur dès l’éventuelle qualification pour les quarts) ne profiteront pas au football amateur ni aux licenciés…

La dictature de la cupidité ne se limite pas au foot, une discipline qui ne fait que révéler la financiarisation à outrance du sport en général. « Les fédérations internationales de sport se sont professionnalisées depuis vingt ans. Désormais, elles organisent beaucoup de choses seules et imposent leurs conditions », explique un expert. Mais la situation a empiré depuis, estime Pascal Bolo, vice-président de Nantes Métropole, en charge des finances et du sport de haut niveau :

On a accueilli la Coupe du monde de football 1998 à Nantes parce qu’on avait le sentiment qu’on pouvait en faire une fête populaire. Vu les demandes de l’UEFA pour l’Euro 2016, on a estimé que la balance globale des coûts et des bénéfices était trop déséquilibrée. Nous avons retiré notre candidature.

L’arnaque des stades en PPP

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Il prend une dimension plus grave lorsque l’on sait que la France a dépensé plus de 2 milliards d’argent public uniquement pour rénover ou construire les dix stades qui accueilleront la compétition.

Certes, ils sont grands, ils sont beaux, ils sont neufs, et l’espace de quelques matchs, ils seront pleins et colorés. Construits ou rénovés pour l’Euro à partir de mai 2010 dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), ils seront théoriquement réinvestis par les clubs après la coupe. En réalité, ils retrouveront leur visage habituel : des enceintes surdimensionnées aux gradins clairsemés, laissant une grosse ardoise à de nombreuses villes françaises.

Les PPP permettront aux villes, après de longues années, d’être propriétaires des stades, tout en investissant peu à court terme, car une part importante de l’investissement initial est prise en charge par un acteur privé. En échange, la ville devra lui verser un loyer annuel convenu à l’avance. Sur le papier, les collectivités apparaissent donc comme « moins endettées » bien qu’en réalité, elles payent le prix fort.

Parmi les effets des PPP, l’engagement de long terme pris par les municipalités ressemble à une bombe à retardement : au Mans par exemple, depuis la liquidation du club professionnel suite à de mauvais résultats, la ville paie 3,2 millions par an à Vinci pour un stade qui n’accueille plus de rencontres régulières et dont elle ne sera effectivement propriétaire qu’en… 2044. A cela s’ajoute le syndrome des « cathédrales vides » : « Jusque-là, on a créé plus de sièges vides qu’on n’a occupé de sièges supplémentaires », ironise le journaliste sportif Jérôme Latta.

Certes, certains d’entre eux ont été conçus pour accueillir des concerts ou des événements d’entreprise. Mais cela ne suffira sans doute pas, notamment parce que « les nouvelles enceintes sont loin des centres-ville, mal desservies, regrette James Rophe, président de l’Association nationale des supporters. Globalement, nous n’avons pas été associés à leur conception ».

Comme le précise le journaliste Vincent Grimault, d’Alternatives Economiques qui a examiné à la loupe les dix stades où se déroulera l’Euro 2016 :

Les villes auraient pu choisir de laisser les grands clubs financer eux-mêmes leur stade, comme cela se pratique au Royaume-Uni ou en Espagne, mais en France, les maires préfèrent que les stades appartiennent à la ville, parce qu’ils tiennent à être chez eux dans leur stade (…) D’où les centaines de millions d’euros de dépenses publiques engagées pour des stades qui hébergent surtout des clubs et des compétitions privées. Les villes de Nice, Bordeaux, Lille ou encore Marseille ont signé des partenariats de ce type. Six ans après, le bilan alterne entre mauvais et catastrophique.

Surestimation des retombées

Comment a-t-on vendu l’Euro aux Français ? Comme toujours, on a évoqué les retombées économiques. Un million de visiteurs étrangers doivent venir en France pour suivre la compétition.

Selon une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, cela entraînera 1,3 milliard d’euros de dépenses supplémentaires, de quoi occuper l’équivalent de 26 000 emplois à temps plein (pour le BTP) et apporter 180 millions d’euros de rentrées fiscales additionnelles (via leur consommation). Bien que le CDES soit un organisme respecté, les économistes se montrent de plus en plus sceptiques sur l’intérêt de tels évènements.

« Ces études se penchent toujours sur les retombées positives, mais rarement sur les négatives », explique Wladimir Andreff, professeur d’économie. Ainsi, beaucoup de touristes éviteront la France cette année, précisément… en raison de l’Euro !

Vampires boulimiques

Les vrais vainqueurs des matchs, ce sont les sponsors, c’est-à-dire ces équipementiers sportifs que l’on espérait réconciliés avec la responsabilité sociale. Rien que Nike, Adidas et Puma pèsent ensemble plus de 70 % du marché mondial de chaussures et vêtements de sport.

Prenons un exemple qui en dit long. Ce qui unit la star du foot Cristiano Ronaldo et un ouvrier vietnamien du textile, c’est une marque : Nike. Ronaldo bénéficie d’un contrat de sponsoring avoisinant les 25 millions d’euros annuels pour arborer chaussures et maillots estampillés du célèbre logo. L’ouvrier vietnamien les confectionne pour un salaire mensuel d’environ 170 € par mois, un revenu très en dessous de ce qu’on estime le « salaire vital », c’est-à-dire permettant de satisfaire les besoins fondamentaux – logement, énergie, eau potable, alimentation, habillement, santé, éducation – d’une famille vietnamienne.

En clair, le contrat conclu par Nike avec Ronaldo pourrait permettre à 19 500 ouvriers vietnamiens travaillant dans les usines sous-traitantes de Nike d’être rémunérés pendant un an au salaire vital… Quel fairplay !

Le Collectif Ethique sur l’étiquette, qui œuvre en faveur des droits humains au travail, a réalisé une estimation : sur 100 € déboursés par un consommateur pour une paire de chaussures Nike, seulement 2,4 € reviennent à l’ouvrier qui l’a confectionnée ! La part consacrée aux salaires des ouvriers sous-traitants est même inférieure à celle dédiée au budget de sponsoring et de marketing, entre 3 et 4 € par produit.

Conclusion

En une décennie, les dividendes versés aux actionnaires de Nike ont bondi de 135 %, approchant les trois milliards d’euros en 2015. Ceux d’Adidas ont grimpé de 66 % à plus de 600 millions d’euros l’an dernier.

Comme les dividendes, les budgets du sponsoring ont eux aussi explosés. Le sponsoring au profit des dix principaux clubs européens de football (Manchester, Barcelone ou Milan pour Nike, Real, Bayern ou Chelsea pour Adidas) représentait à lui seul 400 millions d’euros en 2015, en hausse d’un tiers depuis 2013.

« Ces chiffres choquants illustrent le modèle des grands équipementiers sportifs : une surenchère dans la communication marketing et dans la recherche de rentabilité pour les actionnaires, sans que les travailleurs qui contribuent à leur croissance en bénéficient réellement », commente Nayla Ajaltouni, du Collectif éthique sur l’étiquette.

Cependant, comme le révèle une nouvelle étude du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (BASIC), les grandes marques quittent aujourd’hui la Chine pour s’installer en Indonésie et au Vietnam.

Dans un document interne dont le BASIC a eu connaissance, Adidas s’inquiète de « la fin de la Chine à bas coût ». Tandis que chez Nike, une étude interne estime que l’augmentation des salaires en Chine constitue « une menace » pour la « durabilité de la valeur ajoutée ». Adidas, qui ne fait que calquer son business plan sur l’industrie automobile, revient, lui, en Allemagne pour y faire produire moins cher qu’en Asie grâce à une production entièrement robotisée.

Le dossier « A qui profite l’Euro » d’Alternatives Economiques est donc à lire et à mettre entre toutes les mains !

Ce qui me tient à coeur

La mer, avenir de l’homme

par Karel Vereycken, fondateur d’Agora Erasmus

 

Les larmes de nos souverains ont le goût salé des océans qu’ils ont ignoré (formule attribuée à Richelieu).

Victime d’un tropisme des esprits ou, pire, d’une simple ignorance des atouts maritimes, la mer est depuis trop longtemps la grande oubliée du débat public. Pourtant, tous les experts le savent, l’avenir de l’humanité passera inexorablement par elle.

Jusqu’ici, l’homme n’a exploré que 5 % des fonds marins et moins de 1 % (!) de sa faune et de sa flore nous sont connue. Avec l’espace, la mer reste paradoxalement une des « nouvelles » frontières de l’humanité. C’est là où presque tout reste à explorer, où tout peut être repensé et refait : notre développement économique, notre alimentation, notre santé, notre transport, notre sécurité et notre façon de vivre et de travailler ensemble.

Il y a quatre civilisations distinctes : les terriens, les marins, les meriens et la civilisation de l’espace.


Voilà ce qu’affirmait en 2013 l’architecte et océanographe visionnaire Jacques Rougerie. Et pour acquérir cette culture de l’espace, un petit détour par la « culture océanique » s’impose.

 Bafouée

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Sea Orbiter, le projet de laboratoire mari inspiré par la Station spatiale internationale (ISS), imaginé par l’océanographe Jacques Rougerie.
Crédit : Sea Orbiter/Jacques Rougerie
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Nouvelle Solidarité N°2/2016 – S’abonner.

La mer, qui couvre 71 % de la surface terrestre et représente 99 % de son volume, nous rend déjà des services inestimables : elle représente 96 % de l’eau sur terre et, en absorbant 90 % du CO2, elle régule notre climat. Infrastructure planétaire naturelle, 95 % de nos marchandises y transitent et sa proximité est si avantageuse que 50 % de la population mondiale a choisi de s’y installer. Source majeure de protéines et de matières premières, elle a permis la naissance de l’homme sur terre.

Pourtant, cette mer si généreuse, ce qu’elle peut réellement nous apporter, nous l’ignorons, et le peu de ce que nous en savons, nous le bafouons. Car jusqu’ici, ce qui aurait dû être chéri comme « un bien commun de l’humanité », nos gouvernements n’ont cessé de le livrer à une finance prédatrice qui, obsédée par la course au profit immédiat et par une volonté de domination géopolitique, pille, pollue, détruit et tue.

Il suffit de voir les drapeaux qui flottent sur les navires battant pavillon de complaisance (63 % de la marine marchande mondiale en 2001 !), immatriculés dans un pays factice permettant aux armateurs d’échapper à l’impôt, au règlement sur la sécurité des navires et au droit du travail.

Ils sont identiques à ceux qui flottent sur les paradis fiscaux dont on parle beaucoup depuis les Panama Papers, c’est-à-dire ceux des « dépendances de la Couronne britannique », permettant à Wall Street et la City de Londres de braconner impunément.

Comme le proclame le chant anglais : « Rule, Britannia ! Britannia, rule the waves ! » Un dégazage en plein mer ? Une marée noire qui mazoute les oiseaux ? Le WWF devrait en remercier ses membres fondateurs, en particulier la monarchie britannique !

 Un levier

Faire de « l’économie bleue » [1] un levier majeur pour relancer l’économie mondiale, nécessite de rompre avec cette occupation financière des océans et de changer de paradigme civilisationnel.

Non pas pour se lancer, comme François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, dans une défense romantique d’une nature déifiée ou en se perdant dans l’impasse des énergies marines renouvelables (voir point 7 de cet article), mais pour coopérer avec la mer pour le bien commun.

La France, pionnière de l’océanographie avec l’Institut français du développement de la mer (Ifremer), dispose depuis longtemps d’atouts et de compétences excellentes dans l’ensemble des domaines touchant au maritime.

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Avec 11 millions de km2 de Zone économique exclusive (ZEE), une superficie 18 fois sa superficie terrestre, la France dispose de la 2e superficie marine du monde.

Depuis 1982 et les accords de Montego Bay, existent les zones économiques exclusives (ZEE), couvrant une bande de 200 milles marins (soit 372 km) le long des littoraux de tout pays bordier de l’océan. Avec ses DOM-COM, la France possède ainsi 11 millions de kilomètres carrés de ZEE (voir carte), ce qui fait de notre pays la deuxième puissance maritime au monde, tout juste derrière les États-Unis. Rien que dans le Pacifique, nous disposons de 9 millions de km2 grâce aux 118 îles de Polynésie et à la Nouvelle Calédonie.

Nous ne sommes donc pas seulement, par notre contribution majeure à l’ESA, une puissance spatiale qui (trop souvent) s’ignore, mais également une puissance maritime qui roupille.

Notre ambition, c’est de faire du domaine maritime, en plus du domaine nucléaire et de l’exploration spatiale, un des grands apports français à la dynamique des BRICS, qui se cristallise depuis 2013 autour de l’initiative chinoise de nouvelles routes de la soie terrestre et maritime et des nouvelles banques de développement qui les financent. C’est cet horizon et ce triple engagement qui seront au cœur de la campagne de Jacques Cheminade.

 Économie bleue, combien de divisions ?

Le terme « économie bleue » désigne pêle-mêle une série d’activités aussi diverses que le transport maritime, la construction navale, l’exploitation des hydrocarbures off-shore, les énergies marines renouvelables (ENR), la pêche, l’aquaculture et le tourisme.

Notons d’emblée que la plupart des économistes oublient soigneusement d’y inclure l’exploration scientifique des milieux marins qui, bien qu’à terme très « rentable » par ses retombées multiples, n’est classée que comme une vulgaire dépense.

Au niveau mondial, en 2010 et en dollars, le secteur maritime « pesait » 1500 milliards, à comparer avec les 2000 de l’agroalimentaire, les 806 du secteur d’internet et des télécoms et les 618 milliards du secteur aérien. Certains estiment que le PIB de l’économie bleue, en tant que « production annuelle de biens et de services » se chiffre aujourd’hui à 2500 milliards, c’est-à-dire plus que le PIB de la Grande Bretagne.

40 % du PIB de l’UE, première puissance économique maritime mondiale, proviennent de ses régions côtières. Le rapport Blue Growth (croissance bleue) de la Commission européenne estimait en 2012 que si l’économie bleue faisait travailler 5,4 millions de personnes dans l’UE pour une valeur de 500 milliards d’euros, elle pourrait franchir la barre des 7 millions d’emplois d’ici 2020.

En France, avec 304 150 emplois directs, le maritime emploie 50 % de gens de plus que l’automobile et ses sous-traitants (200 000), et autant que l’industrie aéronautique (180 000) et les télécoms (122 000) réunis. En termes de production, l’industrie marine, avec 70 milliards d’euros, dépasse l’aéronautique (50) et les télécoms (34).

Faute d’espace, nous nous bornerons ici à tracer quelques pistes de réflexion [2], chacune suivie d’une mesure « phare ».

 1. Un chèque en blanc pour la recherche

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Le Nautile est un sous-marin habité conçu par l’Ifremer pour l’observation et l’intervention jusqu’à des fonds de 6000 mètres. Il rend accessible 97 % de la superficie des fonds marins. Depuis sa mise en service en 1984, il a effectué plus de 1500 plongées.
Crédit : Ifremer

La mer est le milieu original de la vie. Le sang humain, dont la composition est très proche de celle de l’eau de mer, en a conservé la mémoire. Bien que la mer recèle la plus large diversité et la plus forte densité du vivant, à peine 1 % (!) de sa faune et de sa flore nous est connu.

Dans les profondeurs des océans, l’on découvre aujourd’hui des formes de vie sans oxygène et sans lumière, des êtres qui relèvent de la chimiosynthèse, jusqu’ici inimaginables pour nos biologistes. Dans les fonds marins, les frontières entre vivant et non-vivant, entre flore et faune, sont bien plus floues que sur la terre ferme.

Cette biodiversité est également un trésor pour la santé : six médicaments anticancéreux sortis sur le marché ont des molécules quiémanent du milieu marin. Le premier traitement de lutte contre le Sida, l’AZT, émane du hareng. Une chercheuse française a découvert un nouveau type de ver marin, un animal dont l’hémoglobine est la plus proche de l’hémoglobine humaine, ce qui pourrait régler la pénurie sanguine au niveau mondial. Les scientifiques travaillent aujourd’hui sur 66 molécules d’origine marine dans la lutte contre le cancer…

Et les « microalgues », telle que la spiruline, en réalité une cyanobactérie dont un des pigments est la chlorophylle et qui se développe dans des lacs d’eau douce tel que le lac Tchad, nous offrent des compléments alimentaires, des engrais et des médicaments y compris pour le domaine spatial. C’est tout cela, l’horizon d’une « économie bleue », vue avec les yeux du futur.

MESURE PHARE : accroître immédiatement et de façon substantielle les moyens de l’Ifremer, dont le budget et les effectifs sont dérisoires par rapport aux défis à relever.

 2. Moderniser la pêche et l’aquaculture

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Le projet Enercité d’aquaculture marine, imaginé par Camille Benoit et Bastiaan Vermonden.
Crédit : Enercité

En deux décennies (1950-1969), la production mondiale des pêches marines et continentales à été multipliée par trois. Depuis, c’est uniquement grâce à l’aquaculture que l’on a pu soutenir une consommation mondiale en hausse (19 kg annuellement, en moyenne et par personne).

Cependant, au niveau mondial, et avec les moyens modernes de repérage du poisson (sonars, échosondeurs, etc.), la capacité de capture dépasse de 3 à 4 fois la ressource ! Avec pour résultat, une surpêche chronique qui fait craindre le pire. En 2012, 37 % des espèces étaient surexploitées et 50 % atteignaient les limites. L’Europe, jadis si riche en poisson, importe aujourd’hui 40 % de sa consommation.

Si elle ne change pas de modèle, la pêche est menacée de mort. D’où l’urgence d’éradiquer le mythe d’une corne d’abondance inépuisable, laissant croire qu’on puisse, sans le moindre effort d’investissement, continuer à vivre de la chasse et de la cueillette comme à la Préhistoire !

Et pas besoin d’avoir un diplôme de Polytechnique pour comprendre qu’une fois qu’il n’y a plus un seul poisson, le pêcheur se fera rare. Déjà, à Sète, le principal port de pêche français sur la Méditerranée, le nombre de chaluts est tombé de 40 à 4 en moins de 25 ans…

En attendant ce changement de cap, et faute de créer des ressources nouvelles, la course à la protéine et aux maigres profits fait des ravages.

Dernière exemple en date : en France et en Europe, nos élus n’ont toujours pas réussi à faire interdire le chalutage en eau profonde ! Or, cette technique de pêche, qui consiste à racler, avec d’énormes filets, les fonds marins, occupe peu d’emplois, représente un apport assez marginal en protéines, tout en détruisant les écosystèmes à la base des ressources de demain !

Et, puisqu’il n’y a plus grand-chose chez nous, on lorgne chez le voisin. Nos flottes de pêche se rendent de plus en plus en Afrique pour y pêcher des espèces de plus en plus petites (37 % des captures mondiales).

Alors que par le passé, l’on produisait de l’huile et de la farine de poisson à partir des déchets de la pèche, aujourd’hui on le fait de plus en plus directement avec des poissons de petites tailles (37 % des captures mondiales), et même avec les krills (crevettes) qui auraient du finir dans l’estomac des grands poissons !

Cerise sur le gâteau, l’huile et la farine de poisson produites à bas coût par cette « pêche minotière » au Pérou, au Chili, en Islande (95 % de ses captures !) et désormais en Afrique, nous servent en Europe d’engrais « bio » et surtout de nutriment pour nos animaux domestiques, nos volailles, nos porcs, nos vaches et nos saumons d’élevage !

Si depuis 2013, les quantités de poissons produites par l’aquaculture ont commencé à dépasser les quantités pêchées, l’État doit se mobiliser pour que l’on puisse faire plus et mieux. D’abord en développant des techniques de pêche ciblée, en développant des fermes d’élevage en pleine mer ou dans les risières (rizipisciculture) ou encore en nourrissant nos poissons d’élevage avec des insectes ou des asticots produits à cet effet. L’élevage de poissons herbivores est également une piste prometteuse.

Aussi, au lieu d’attendre que « la nature » reconstitue « gratuitement » la ressource, la France, avec les pays du nord de l’Europe pourrait, par exemple, produire en pisciculture des jeunes harengs. En les relâchant dans la nature au bon moment, on pourra renforcer la présence de cette espèce en difficulté dans la mer du nord.

En attendant, faisons comme l’Afrique du Sud ou la Nouvelle Zélande. Là-bas, l’on écoute les scientifiques qui, à partir d’une évaluation bio-systémique et non uniquement à partir d’une seule espèce, indiquent quoi pêcher et en quelles quantités !

Pour cette pêche du futur, certes, nous devons moderniser les moteurs de la flotte de pêche. Cela veut dire tout de suite des moteurs au gaz naturel liquéfié (GNL) et demain des moteurs hybrides utilisant l’essence et l’hydrogène comme bi-carburant. Comme pour l’agriculture, une pêche de qualité exige une augmentation des salaires de toute la population française afin qu’elle puisse acheter au juste prix des produits alimentaires dont on a décidé d’augmenter la qualité et donc les coûts de production.

MESURE PHARE : abandonner toute logique de pillage. Interdiction immédiate du chalutage en mer profonde et plan de modernisation de la pêche et de l’aquaculture visant à multiplier la ressource.

 3. Des bactéries pour digérer le septième continent

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Le 7e continent : des énormes surfaces de nano-particules provenants de déchets plastique qui se concentrent à cinq endroits dans l’océan.

Autre défi à relever, ce septième continent formé de nos déchets plastiques, que nous avons laissé se constituer à la surface de plusieurs océans. En extrapolant l’augmentation de cette couche de microparticules de plastique, les scientifiques estiment qu’en 2050, son poids dépassera celui des poissons !

Pour surmonter des catastrophes d’une telle ampleur, seule une approche « vernadskienne » [3] fera l’affaire.

En France, les traitements biologiques pour dépolluer les sols de friches industrielles sont déjà une réalité. Ils utilisent notamment des bactéries qui, en se développant avec l’oxygène, accumulent les polluants dans leur organisme, voire les dégradent.

MESURE PHARE : envoyer une mission navale de dépollution sur une des cinq « îles » du septième continent. Substitution obligatoire, en magasin, des sacs en plastique par leur équivalent biodégradable.

 4. L’extraction minière, un enjeu stratégique

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Engin d’extraction minière sous-marine.
Crédit : http://motherboard.vice.com/fr

Croissance démographique et amélioration indispensable du niveau de vie d’une grande partie de la population mondiale obligent l’humanité à trouver de nouvelles ressources. Or, les océans recèlent 90 % des réserves d’hydrocarbures et 84 % des métaux rares. Déjà en 2010, avec le retard pris pour passer au « nucléaire du futur » (réacteurs de IVe génération et fusion), les gisements offshores ont fourni 30 % de la production mondiale de pétrole. Cette part va croître dans les années à venir, avec la découverte de nouveaux gisements, alors que les gisements terrestres, mieux connus, s’épuisent.

Cependant, comme le rappelait un rapport de l’Ifremer en 2011, « les grandes évolutions industrielles ne sont pas uniquement fondées sur la disponibilité d’énergie mais aussi sur celle de minerais : le fer au XIXe siècle, l’aluminium et le cuivre au XXe, le silicium et les métaux de haute technologie tels que le cobalt, le platine, les terres rares et le titane depuis vingt ans ».

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Nodules polymétalliques, encroûtements et sulfures hydrothermaux.
Crédit : Ifremer

Depuis la nuit des temps, l’homme sait extraire le sel de l’eau de mer et utilise des graviers et des sables côtiers pour la construction.

Plus loin des côtes sommeillent des gisements de phosphate, des nodules polymétalliques (cuivre, cobalt, nickel), des croûtes de manganèse (cobalt, cuivre, platine) et des sulfures hydrothermaux (cuivre, zinc, argent, or, cobalt, plomb).

A cela s’ajoute la catégorie des terres rares (dysprosium, gadolinium, samarium, cérium…), des métaux aux propriétés particulières qui leur confèrent un magnétisme et une luminescence hors du commun et qui sont utilisés dans d’innombrables réalisations technologiques : smartphones, télévisions, avions, voitures, radars, missiles, etc.

Or, à ce jour, environ 98 % de la production mondiale de terres rares provient de Chine, en situation de quasi-monopole. Le jour où la Chine, en réponse aux provocations croissantes de l’empire anglo-américain en déclin, décidera de garder sa production de terres rares pour ses propres besoins, le reste du monde se trouvera en très grande difficulté.

MESURE PHARE : lancer un grand programme d’extraction minière sous-marine raisonnée, tout en élaborant, en concertation avec nos partenaires des BRICS, un plan d’aménagement territorial des fonds marins afin de développer, au profit de tous, le potentiel scientifique, environnemental et industriel de chaque zone.

 5. Construction navale, transports à l’ère du numérique

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Projet d’un système de stockage robotisé de conteneurs.
Crédit : Israël Aerospace Industries (IAI)

Si nous relevons les défis que nous évoquons dans l’ensemble de cet article, il est évident que notre marine marchande (pour le transport) et militaire (pour la sécurité) y retrouvera pleinement son rôle.

En France, la construction et réparation navales représentent 42 000 emplois directs. Avec STX et d’’autres, notre industrie se situe au 6e rang mondial et au 2e rang européen du marché global civil et militaire. Elle se caractérise par des savoir-faire et des technologies qui dépassent souvent le créneau « naval », et une forte part de chiffre d’affaires à l’export qui s’explique par sa capacité à innover.

Les chantiers français se sont spécialisés dans la construction des unités les plus complexes : paquebots et autres navires à passagers, navires de recherche et autres navires spécialisés, navires de combat, bâtiments de projection de forces, sous-marins ou navires de soutien. Les chantiers et équipementiers français produisent des navires à forte valeur ajoutée, allant jusqu’à 400 m de long. Ce savoir-faire reconnu est également utilisé dans l’offshore.

Au niveau des transports, après la révolution de la conteneurisation, c’est celle du numérique qu’il faut encadrer. L’heure est aux conteneurs pilotés à distance, c’est-à-dire sans chauffeur, se déplaçant « tout seuls » dans les airs, sur terre et sur mer. Cela implique des investissements massifs pour renouveler les infrastructures portuaires et fluviales, ainsi que des navires adaptés.

Si nous ne voulons pas que nos ports deviennent des simples « hubs » de transport, c’est-à-dire un lieu où l’on charge et décharge les porte-conteneurs mammouths, c’est dans l’infrastructure de l’ « hinterland », littéralement d’« arrière-pays » qu’il faut investir. Lorsqu’un cœur humain pompe du sang mais ne dispose pas d’artères pour l’évacuer, c’est l’infarctus. Pour nos ports, c’est pareil !

Or, en France, pays où l’on sait cumuler l’inertie de l’État avec la cupidité du privé, la rivalité, pour ne pas dire la guerre, entre ferroviaire, fluvial, routier et portuaire, a contribué à l’immobilisme. Il est temps de tracer un horizon et de réunir tout le monde pour des solutions gagnant/gagnant.

Assez de temps perdu ! Il a fallu parfois plusieurs décennies pour agrandir un simple tunnel ferroviaire devenu trop étroit pour y faire passer des conteneurs ! Et à Marseille, on attend toujours la réouverture du célèbre tunnel du Rove, en réalité un tunnel-canal fluvial reliant Marseille au Rhône, effondré depuis 1963 (!) et dont on ne cesse d’annoncer les travaux en vue de sa réouverture. On pourrait croire que là-bas, il s’agit d’une pisciculture de serpents de mer !

MESURE PHARE : organiser un « Grenelle du transport » avec l’ensemble des secteurs et des responsables, pour élaborer un plan d’investissement dans le transport multimodal à l’ère du numérique.

 6. Une utopie positive : Nuplex et Aquaplex

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L’imagination, pour l’instant à dominance écologiste, ne manque pas. Voici le projet de Vincent Callebaut de fermes marines imprimées en 3D à partir de résidus plastiques.

Pour conclure, présentons brièvement une de ces « utopies positives » qui irritent tant les journalistes du microcosme parisien.

A l’instar de la direction de l’ESA qui a annoncé vouloir construire, pour succéder à la station spatiale internationale, un « village lunaire » (Moon Village) où Américains, Russes, Indiens, Chinois et Européens pourraient travailler main dans la main pour faire avancer la science, nous imaginons dans le même esprit la construction d’une série de « villes flottantes » intégrant des activités de recherche, formation, production et dépollution, un lieu où nos chercheurs iront étudier et où de plus en plus de citoyens pourront vivre et travailler.

Dans l’après-guerre, le physicien nucléaire Alvin Weinberg, un des responsables du centre laboratoire d’Oakridge aux États-Unis, avait proposé à Yitzhak Rabin, à l’époque ambassadeur d’Israël aux États-Unis, que son pays, de concert avec les Palestiniens, se lance dans la construction de « Nuplex », c’est-à-dire des complexes agro-industriels intégrés approvisionnés en chaleur industrielle par des réacteurs nucléaires capables de dessaler l’eau de mer et de verdir le désert.

Aujourd’hui, les Aquaplex que nous proposons seront alimentées en énergie dense et non-intermittente par des centrales nucléaires flottantes ou sous-marines.

L’aspect agricole de l’Aquaplex sera dominé par la production d’algues et de phytoplancton, et l’élevage de poisson. La production hors sol urbaine (salades, endives, champignons, etc.) sera simplement transférée dans la ville nouvelle, comme on le ferait à bord des stations spatiales.

Des « projets pilotes » d’Aquaplex pourraient voir le jour :

  • au large des Antilles (où le doublement des capacités du canal de Panama ouvre la perspective d’un hub portuaire),
  • au large de Mayotte (sur la Route de la soie maritime chinoise),
  • au large de Clipperton (où se produit le upwelling, un phénomène marin à étudier)
  • ou encore au large de la Nouvelle Calédonie (où l’Ifremer dispose d’un centre de recherche du Pacifique), entre autres.
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Un navire de type Swath.

Nos Aquaplex, éventuellement construits sur des navires Swath, disposeront chacune de mini-flottes de navires de recherche, de bateaux de pêche, d’engins sous-marins et de naviplanes rapides sur coussin d’air.

Des liaisons satellitaires permettront aux chercheurs qui y travaillent d’entretenir un dialogue constant entre eux, de suivre des formations et de bénéficier de la télémédecine, comme le font déjà les militaires.

Les chercheurs se pencheront sur l’ensemble des domaines que nous venons d’évoquer, qui sont déjà au cœur de l’activité de l’Ifremer : évolution des ressources halieutiques, exploration minière, dépollution, chimie verte, étude des micro-algues, etc.

A l’opposé des paquebots géants qui sortent actuellement de nos chantiers navals, les résidents de ces Aquaplex y découvriront un univers bien plus excitant que les manchots des salles de jeu ! Notre Aquaplex ne sera pas un caprice de milliardaire mais un acte fondateur de cette « civilisation des mers » que nous avons évoquée au début de cet article.

MESURE PHARE : construire quatre villes flottantes expérimentales de type Aquaplex dans quatre régions pilotes des DOM-TOM, réparties dans les trois océans et disposant d’un haut potentiel de développement maritime.

 7. La fausse bonne idée des Énergies marines renouvelables (EMR)

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Le projet NEMO de la DCNS.
Crédit : DCNS

En 2012, François Hollande annonçait que la France devait devenir pionnière dans l’industrie des énergies marines renouvelables (EMR). Aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose, tout en ajoutant que cela devrait permettre de passer du « capitalisme financier » à « l’écosocialisme », et surtout, de « sortir du nucléaire » !

Ni l’un, ni l’autre ne comprennent le b-a-ba de l’énergie. D’abord, les EMR ne « produisent » pas d’énergie : elles ne font que capter une énergie produite « gratuitement » par « dame nature », rendant l’homme totalement esclave de son bon vouloir.

Certes, les hydroliennes « marchent », mais exclusivement dans des endroits où les courants marins sont suffisamment puissants (comme le passage du Fromveur en Bretagne ou le raz Blanchard dans le Cotentin).

Les énergies résultant d’une combustion représentent immédiatement une rupture qualitative en termes de l’énergie rendue disponible. Lorsqu’on évalue le travail que l’on peut accomplir avec un combustible donné, c’est sa densité qui est déterminante. (1,86 gramme d’uranium = 4760 litres de pétrole = 6,15 tonnes de charbon = 23,5 tonnes de bois).

Les EMR resteront donc d’une utilité marginale et circonstancielle. Par exemple, le projet NEMO (New Energies for Martinique and Overseas), un échangeur de chaleur flottant qui utilise la différence de température entre l’eau de surface des océans tropicaux (25°) et l’eau profonde (5°) pour produire de la vapeur d’ammoniac qui actionne une petite turbine, permettra d’alimenter en courant 35 000 foyers aux Antilles. Par rapport aux générateurs au diesel, c’est un progrès. Cependant, pour industrialiser l’île, c’est raté. Et pas question d’installer NEMO en mer du Nord !

MESURE PHARE : lancer FlexBlue, le projet de centrale nucléaire sous-marine développée par la DCNS en coopération avec EDF.


[1A ne pas confondre avec le concept d’« économie bleue », défendu dans le livre éponyme de Gunter Pauli, cet entrepreneur écolo-créatif anversois, féru de bio-mimétisme.

[2Résultant souvent d’échanges fructueux avec mon ami Yves Paumier, militant S&P.

[3Sur les travaux du biogéochimiste russe Vladimir Vernadski, voir article de Sébastien Drochon, « l’Homme cet être naturel »

Ce qui me tient à coeur

Palmyre: la musique, arme de guerre contre le terrorisme

Karel Vereycken
Fondateur d’Agora Erasmus
Directeur de publication du quinzomadaire Nouvelle Solidarité

Après des mois de combats acharnés, la ville de Palmyre, conquise par Daech en mai 2015, a été reprise le 27 mars par l’armée syrienne, avec l’appui de l’aviation russe guidée au sol par de jeunes officiers des forces spéciales. L’un d’eux, Alexandre Prokhorenko, se sachant condamné car encerclé par les soldats de Daesh, et refusant de se rendre, dans un acte d’héroïsme peu commun, a indiqué sa propre position à l’aviation russe pour qu’elle vienne le bombarder…

Une ville ravagée

La cité antique de Palmyre, classée au Patrimoine mondial de l’humanité, a subi des dommages irréversibles sous l’emprise des extrémistes pseudo-islamistes : ils ont détruit à l’explosif des monuments antiques tels que l’illustre temple de Bêl ou celui de Baalshamin, ainsi que l’arc de triomphe et le musée, tout en vendant au marché noir les antiquités pillées sur place.

Lors d’une macabre mise en scène, Khaled Asaad, l’un des fondateurs de l’archéologie syrienne et chef du département des antiquités de Palmyre, après avoir été torturé, a été décapité pour avoir refusé d’indiquer où se trouvaient les trésors de la ville. Sa dépouille a ensuite été accrochée à un mât, devant un des bâtiments à la restauration desquels il avait consacré l’essentiel de sa vie. Afin de dissuader les mécréants d’admirer ces vestiges, les images de la destruction de ces édifices figurent dans les films de propagande de Daech.

Une fois la ville libérée, les démineurs russes, aidés de jeunes Syriens, ont travaillé sans relâche pour désamorcer près de 3000 engins explosifs disséminés sur les routes, dans les immeubles d’habitation et les monuments historiques.

Laver la ville de la laideur

Pour laver la ville de la laideur de cette barbarie, la Syrie et la Russie ont eu le génie et la grandeur d’âme d’y faire venir de Saint-Pétersbourg le célèbre chef d’orchestre russe Valeri Guerguiev, pour organiser le 5 mai, dans l’amphithéâtre en ruines, un concert intitulé « Prière pour Palmyre, la musique redonne vie aux murs anciens ».

Après une brève allocution du Président russe Vladimir Poutine, remerciant les soldats mais surtout les musiciens et appelant toutes les forces de la planète à s’unir dans le combat contre le terrorisme, l’Orchestre symphonique du théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg a joué devant 400 habitants de la région, auxquels s’étaient mêlés soldats syriens et russes.

Une quarantaine de musiciens de renommée internationale avaient fait le déplacement, au péril de leur vie. Également dans l’auditoire, parmi de nombreux dignitaires, une délégation de l’UNESCO, le fils de Khaled Asaad ainsi que le ministre russe de la Culture. « Nous pensons que Palmyre aurait pu être sauvée », explique Mikhail Piotrovsky, le directeur du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, qui s’engage à financer une partie de la reconstruction. « Voyez sa situation géographique : l’avance des Américains et des alliés était telle que beaucoup d’objets d’art auraient pu être déplacés. Ceux qui approchaient de Palmyre auraient pu être bombardés facilement. Mais ils ne l’ont pas été. Et nos hommes n’y étaient pas encore. »

Quoi de plus émouvant que la vidéo diffusée sur le site de RT, mêlant images de cet orchestre installé au cœur de l’amphithéâtre antique, entouré de 400 spectateurs, dont des soldats, et vues aériennes de ce site historique, le tout aux sons poignants d’une Chaconne de Jean-Sébastien Bach interprétée par un violoniste russe, suivie de la Première symphonie de Sergueï Prokofiev.

Agacement occidentale

Du côté de Londres et Washington, la frustration de voir une fois de plus Poutine emporter la manche a fait rager. D’emblée, pour la presse occidentale, tout cela n’était qu’arrogance russe et pour le ministre britannique des Affaires étrangères, Philippe Hammond, l’évènement n’était qu’une « tentative de mauvais goût de détourner l’attention des souffrances continues de millions de Syriens ». Londres, sans la moindre preuve, accuse le régime syrien d’être responsable de frappes aériennes contre un camp de déplacés, ayant tué au moins 28 civils. « Cela montre que le régime est capable de toutes les bassesses. Il est temps pour ceux qui ont de l’influence sur Assad de dire que ça suffit », a renchéri M. Hammond, en référence à la Russie. Un correspondant de presse britannique a même comparé Poutine à « un Néron jouant de la lyre dans Rome en flammes… ».

Pour Le Figaro, le président russe ne faisait que « mettre en musique sa puissance militaire » et ne cherchait qu’à « asseoir son autorité morale dans le dossier syrien », alors que le nom d’un des musiciens est mentionné dans les Panama Papers !

Ce concert démontre une fois de plus que la musique classique n’est pas un luxe réservée à une élite. Il restera dans l’histoire comme le symbole d’une victoire de la civilisation contre la barbarie.

Ce qui me tient à coeur

Lorsque le taïkonaute désigne la Lune, l’Occident regarde le doigt

Karel Vereycken

Fondateur d’Agora Erasmus

Directeur de publication de Nouvelle Solidarité

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La taïkonaute chinoise Liu Yang, première femme chinoise dans l’espace.
Crédit : Reuters

Nucléaire civil, spatial, TGV, les progrès constants de la Chine font grincer des dents dans les capitales occidentales. Certains défendent la suprématie de l’Occident coûte que coûte ; d’autres, plus raisonnables, expriment leur amertume.

Plus honnête, un ancien responsable d’une grande industrie française confiait : « Ce qui m’inquiète, ce n’est pas ce que fait la Chine, c’est ce que nous ne faisons pas ! »

Pour la Chine, l’exploration spatiale n’est pas une passion nouvelle. Ce serait oublier qu’après la Russie en 1961, suivie par les États-Unis en 1962, la Chine fut en 2003 le troisième pays du monde à envoyer un homme dans l’espace avec une fusée de sa propre fabrication.

Au-delà du prestige que cela lui confère, Beijing a bien compris qu’investir dans les technologies d’avenir est une formidable locomotive pour sa croissance et la qualification d’une main d’œuvre optimiste et bien rémunérée, sans cesse incitée à progresser et à atteindre l’excellence dans tous les domaines de pointe.

Objectif Lune

Dans le domaine spatial, la Chine continue à accélérer ses programmes. Aussi bien pour la Lune que pour Mars, l’envoi d’hommes se prépare avec des missions robotiques envoyées en éclaireurs.

Déjà, en 2013, la Chine avait débarqué sur la surface lunaire un véhicule téléguidé baptisé « Lapin de jade », avant de réussir l’année suivante son premier retour d’une sonde spatiale envoyée autour de la Lune.

Le 15 janvier 2016, Liu Jizhong, le chef de la mission d’exploration lunaire, a fièrement annoncé qu’en 2018, « l’alunisseur et la sonde Chang’e-4 effectueront un alunissage en douceur sur la face cachée de la lune », une première mondiale. Le site est idéal pour observer l’univers et pourrait se révéler un précieux réservoir de ressources utiles à l’homme, notamment l’hélium3, un isotope quasiment absent sur Terre et qui, un jour, sera un des combustibles des réacteurs à fusion thermonucléaire.

Fin avril, le vice-commandant du programme pour les missions habitées, le général Zhang Yulin, a précisé que la Chine a l’intention d’envoyer, d’ici quinze à vingt ans, un homme sur la Lune.

Panique

Tout cela a de quoi semer la panique à Londres et Washington. Newsweek titre cette semaine sur la menace d’un possible « Pearl Harbor de l’espace », et le 2 mars, dans un rapport au Congrès américain, les experts de l’Institut sur les conflits mondiaux et la coopération, de l’université de Californie, affirmaient que le développement rapide des technologies spatiales chinoises a le potentiel d’annihiler les capacités militaires des États-Unis en détruisant leurs satellites.

En Europe, on craint une nouvelle course vers l’espace entre superpuissances, qui remettrait en cause le « traité de l’espace » de 1962, engagement commun en faveur d’une coopération au service de tous.

Pour éviter que la Chine, exclue de la station spatiale internationale (ISS), n’engloutisse des milliards dans sa propre station spatiale, le patron de l’ESA milite pour que, une fois obsolète, la station spatiale internationale soit remplacée par un « village lunaire » (Moon Village) où Américains, Russes, Chinois et d’autres, pourraient coopérer plus étroitement.

Notons aussi que le patron de la NASA, Charles Bolden, a déclaré que l’agence considérait la Chine comme « un partenaire potentiel » et non comme une menace. Ouf, on respire…

D’autant qu’en 2011, le Congrès américain a voté une loi interdisant à la NASA d’accueillir des visiteurs chinois sur ses sites ou de collaborer avec des chercheurs liés à des entités chinoises publiques ou privées.

Pourtant, le 24 avril, à l’occasion de sa première Journée de l’espace, la Chine a réitéré sa volonté de coopérer avec tout le monde dans le domaine spatial. « La Chine n’exclut de coopérer avec personne, États-Unis inclus », a souligné Yang Liwei, le premier taïkonaute chinois.

C’est donc le moment de saisir la main tendue par la Chine pour repartir de l’avant !

Ce qui me tient à coeur

Mars, le lac Tchad et la bactérie

Karel Vereycken

Fondateur d’Agora Erasmus

Directeur de publication du quinzomadaire Nouvelle Solidarité

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L’idée est venue lorsqu’en août 1987, quelques micro-algues réussissent à faire leurs preuves lors d’un voyage à bord d’une sonde spatiale chinoise.
Crédit : ESA

Pour les formalistes, le paradoxe doit sembler de taille : « quel lien peut réunir l’exploration de Mars, un centre de recherche sur le nucléaire en Belgique, le lac Tchad et les problèmes alimentaires frappant l’Afrique ? ».

Pourtant, la réponse est d’une simplicité éclatante : il s’agit de la cyanobactérie de type Arthrospira, connue sous le nom de « spiruline » ! Pour vous permettre de comprendre, reprenons un par un les points abordés.

Espace

Parmi les nombreux défis à surmonter pour pouvoir envoyer un homme dans l’espace, ceux de son alimentation et de ses déchets. Il faut savoir que pour survivre, chaque humain a besoin, en moyenne, d’1 kg de nourriture par jour auquel il faut rajouter 1 kg d’oxygène et 3 kg d’eau (sans compter les eaux d’hygiène et de lavage).

Ainsi, pour des missions de longues durées dans le désert, dans l’espace ou sur le pôle nord, c’est donc des tonnes de consommables qu’il s’agit. D’où l’idée des grandes agences spatiales d’inventer des systèmes capables de les produire et de les recycler lors du trajet ou en vase clos dans des environnements « hostiles ».

La bactérie

Parmi les projets en cours, le projet MELISSA (Micro-Ecological Life Support System Alternative), lancé en 1989 par l’Agence spatiale européenne (ESA). Scrutant les merveilles de la création, les chercheurs ont eu l’idée d’utiliser un ensemble de bactéries et de plantes afin de récupérer le dioxyde de carbone et les déchets de l’équipage pour en faire de l’air respirable et de la nourriture.

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Pour réaliser le projet MELISSA, l’ESA travaille avec de nombreux centres de recherche sur le continent. Parmi eux, le centre de recherche nucléaire de Mol (SCK-CEN), à 50 km d’Anvers en Belgique, travaille depuis plusieurs années sur la culture, en conditions extrêmes, de la spiruline, une cyanobactérie (un embranchement de bactéries autrefois appelée « algue bleu-vert ») pressentie pour être utilisée essentiellement comme nourriture et comme génératrice de di-oxygène , consommés par les astronautes lors des missions à longue durée nécessitant une certaine autonomie.

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Récolte de spiruline au Tchad.

La spiruline n’est donc pas vraiment une plante mais une forme de vie bactérienne, pour la facilité baptisée « micro-algue ». Cependant, sans être une plante, elle est capable de photo-synthèse, la chlorophylle étant un de ses nombreux pigments.

La spiruline existe depuis 3,5 milliards d’années mais ce n’est que dans les années 60 qu’un botaniste belge, Jean Léonard, l’a redécouverte. Il ne comprenait pas pourquoi une tribu du lac Tchad était mieux portante que d’autres et a découvert que ses membres mangeaient de la spiruline, qui pousse spontanément dans les eaux du lac. A l’autre bout du monde, un des soldats du général espagnol Cortez en décrit, au XVIe siècle, la consommation chez les Amérindiens.

L’Afrique

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Pleine de vertus pour la santé (protéines, vitamines, fer, béta-carotène, oligo-éléments, etc.) la spiruline est présentée comme l’aliment le plus riche, après le lait maternel. Paradoxalement, ce sont les lacs salés du Tchad qui fournissent chaque année 400 tonnes de ce super aliment qui prévient la malnutrition infantile.

C’est pour cela que l’ONG Antenna Technologies France œuvre à la création de fermes de spiruline pour lutter contre la malnutrition des enfants en Afrique. « Nous, ce qu’on voudrait, c’est que les gouvernements locaux s’intéressent un peu plus à la spiruline qui, en plus d’être un excellent nutriment, permet également de créer des emplois et de créer des activités. Au Togo, ils font des jus ananas-spiruline. Ça peut être introduit dans des laitages, dans une alimentation quotidienne et régulière en fait », avance Diane de Jouvencel, déléguée générale de l’ONG.

Les avantages de la spiruline

Source : ATF.

  • Efficace : 1 à 3 grammes de spiruline par jour pendant 4 à 6 semaines suffisent à rétablir un enfant malnutri.
  • Solution locale et durable : le complément alimentaire est produit et distribué localement. • Solution autonome : les fermes de spiruline, une fois autonome, crée des revenus pour la population locale.
  • Production simple et maîtrisée.
  • Un rendement élevé (entre 5 et 6 grammes de produit sec par jour et par m²).
  • Rapportée à la quantité de protéine produite, la spiruline requiert très peu d’espace (15 fois moins que la canne à sucre, 20 fois moins que le soja et 250 fois moins que le riz).
  • La culture de la spiruline requiert très peu d’eau (3 ou 4 fois moins que le soja, 5 fois moins que le maïs et 40 fois moins que le bœuf).
  • Avec une formation adéquate et le renforcement des capacités, la production décentralisée, la transformation et la distribution de la spiruline peut être organisé comme une petite entreprise pour les femmes.
  • Conservation et distribution faciles.

La Chine, qui fournit 50 % des 5 000 tonnes de spiruline sèche produites dans le monde en 2013, l’a déclarée aliment d’intérêt national et, ce malgré l’absence d’étude clinique officielle. Et les victoires obtenues par les ONG dans la lutte contre la malnutrition des enfants des pays pauvres, ont convaincu l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de recommander sa production et son utilisation.

Pour le Pr Hamid Aït Abderram, directeur adjoint du SCK-CEN de Mol en Belgique, il est apparu que favoriser la culture de la spiruline en Afrique représente un intérêt universel. Membre de l’association « Entrepreneurs pour entrepreneurs », son centre participe au projet « Inspiration ». Il s’agit d’équiper une cinquantaine de familles du Congo avec des petites unités de production de spiruline. Les chercheurs du centre accompagneront pendant trois ans les producteurs et suivront l’impact sur la santé des consommateurs. A la fin, les installations reviendront entièrement aux mains des populations locales.

L’harmonie de l’univers

Cette belle histoire ne devrait pas nous étonner. Après tout l’univers n’obéit-elle pas à une harmonie étonnante qui nous réserve plein de surprises ? Car loin du pessimisme et de la pensée pragmatique qui font tant de ravages, il ne s’agissait pas de devoir choisir cruellement entre d’un coté « nourrir les gens sur Terre », et de l’autre « aller dans l’espace ».

Car développer les cultures de spiruline, c’est donner les moyens aux populations africaines de faire reculer la sous-alimentation qui frappe des millions d’enfants. Et pour les chercheurs de l’ESA, c’est essentiel pour préparer l’avenir de l’homme dans l’espace.

Cette bonne volonté doit amorcer un changement de cap bien plus vaste que les pays des BRICS tentent d’incarner. Car c’est uniquement en nous libérant de l’occupation financière que nous pourrions dégager les ressources pour investir aussi bien dans l’aventure spatiale que dans le décollage de l’Afrique.

Avec ce que nous venons de voir, le projet Transaqua, c’est-à-dire la remise en eau du lac Tchad que Jacques Cheminade et Solidarité & Progrès défendent depuis des décennies, prend ici toute sa pertinence.

Il faut croire que, vu de l’espace, c’est-à-dire vu d’en haut, les contradictions des paradoxes apparents peuvent se résoudre au plus grand bénéfice de tous. Pour qu’ils apprennent cette leçon, il faut peut-être y envoyer nos dirigeants…

Connaitre son adversaire

TTIP/TAFTA, CETA : Il est temps d’en finir

Karel Vereycken

Fondateur d’Agora Erasmus

Directeur de publication du quinzomadaire Nouvelle Solidarité

Obama aimerait bien, avant de laisser sa place à son successeur, imposer un accord ou pré-accord substantiel sur l’accord dit de libre-échange entre les États-Unis et l’UE baptisé TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), également connu sous le nom TAFTA.

Historiquement, le libre échange a toujours été une escroquerie. L’histoire de Venise et de l’Empire britannique démontrent de façon incontestable que le mot n’est qu’un terme trompeur derrière lequel se cache une volonté de colonisation politique qu’imposent les puissants à leurs victimes. Aux derniers, les puissants font croire qu’ils y gagneront en emplois alors que tous les chiffres démontrent exactement le contraire.

Après l’échec de l’OMC, c’est par des accords bilatéraux que les libre-échangistes tentent de reprendre la main. La seule chose qui change, c’est qu’au lieu d’abaisser des tarifs douaniers, ce qui est sur la table avec le TTIP, c’est l’harmonisation des normes. Et puisque les normes engagent des secrets professionnels, les négociateurs ont obtenu l’opacité absolue sur le contenu des discussions.

C’est d’ailleurs pour cela que nos gouvernements « démocratiquement élus » ont donné mandat à la Commission européenne de négocier avec les États-Unis dans le secret le plus absolu… Certes, les textes des négociations en cours sont accessibles au happy few. Pour les consulter, ils doivent se rendre dans un bâtiment de haute sécurité à Bruxelles. Sur place, et nulle part ailleurs, sous la surveillance des gardiens, ils ont le droit de survoler les textes mais sans prendre la moindre note. Assez semblable aux procédures imposées aux membres du Congrès américain souhaitant lire « les 28 pages » sur les attentats du 11 septembre…

C’est à cause de tout cela et plus encore que Jacques Cheminade et S&P se sont dès le début opposés au TTIP. Ainsi, nous ne pouvons que nous réjouir aujourd’hui que le gouvernement français, peu importe ses raisons, affirme vouloir (enfin) s’y opposer, en espérant qu’il ne s’agit pas là d’une énième posture de négociation…

De part et d’autre de l’Atlantique, l’hostilité de l’opinion publique est très majoritaire : à peine 15 % des Américains et 17 % des Allemands pensent que c’est « une bonne chose », selon un sondage de la Fondation Bertelsmann. Et grâce à d’innombrables mobilisations citoyennes, des milliers de villes et de communes européennes se sont déjà déclarées symboliquement « hors TAFTA ».

Du CETA au TTIP

Ce qui avait donné espoir à Obama, ce fut la signature malheureuse d’un traité tout aussi néfaste entre l’UE et le Canada, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), conclu en septembre 2014 à Ottawa entre le premier ministre canadien Stephen Harper et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, et test grandeur nature du TTIP.

Si tout semblait aller pour le meilleur des traités possibles, lorsque les gouvernements ont fini d’en découvrir le contenu, le traité CETA a rapidement provoqué un tollé, en particulier le chapitre sur le mécanisme dit Investor-State Dispute Settlement (ISDS), qui prévoit un règlement des différends entre les entreprises et les États par l’instauration de tribunaux d’arbitrages privés.

Ce mécanisme incarnait autant un changement de paradigme qu’Uber incarne l’inversion des normes dans le domaine du droit du travail. Car, le mécanisme ISDS n’ambitionne plus de protéger les citoyens d’États souverains, mais vise à protéger « d’abus de droit perpétrés par les Etats » les investisseurs internationaux là où ils s’installent…

Par exemple, si un pays interdit le tabac, les cigarettiers étrangers qui ont investi dans le pays en question, pourront poursuivre ce dernier pour avoir porté tort à leurs investissements et réclamer des indemnisations. Et si une commune française attribue une subvention à une entreprise X pour venir s’installer sur son territoire, ses concurrents Y, Z, etc. pourront poursuivre la collectivité en question pour atteinte au sacro-saint principe de la concurrence « libre et non-faussée ».

La bonne nouvelle, c’est que depuis l’accord initial sur le CETA, plusieurs gouvernements, dont la France et l’Allemagne, ont obtenu une révision de ce chapitre, menaçant de ne pas ratifier le CETA et d’empêcher son entrée en vigueur.

Le compromis trouvé est une usine à gaz effroyable, un nouveau système quasi-public baptisé ICS, pour « Investment Court System », supposé plus transparent et plus stable mais dont le seul but est de faire oublier les très controversés tribunaux d’arbitrage privés ISDS. L’UE et le Canada tardent à spécifier les modalités de la nouvelle approche et aucune date pour sa mise en fonction n’existe. Dur, dur, dans ce cas, de servir de « modèle » au TTIP d’Obama !

Adieu AOC !

L’autre sujet où un désaccord majeur empêche tout accord sur le TTIP, d’après les documents révélés par Le Monde dimanche 1er mai, la non-reconnaissance outre-Atlantique des appellations d’origine contrôlée (AOC) françaises ou leur équivalent européen (AOP, « P » pour « protégée »).

En France, le code de la propriété industrielle est sans ambiguïté en la matière : un nom de produit (par exemple le champagne, le roquefort, etc.) « ne peut être adopté comme marque […] s’il existe un risque de confusion avec une appellation d’origine protégée ». Aux États-Unis, seule une marque déposée par une entreprise ou un acteur privé peut être reconnue ou protégée. Ainsi, du « jambon de Parme », pourtant protégé en Europe, ne peut être vendu en Amérique du Nord sous le nom de « jambon original » car « jambon de Parme » est déposée par une entreprise… canadienne.

Là aussi, tout « compromis » serait un désastre, en particulier pour l’agriculture française pour qui la montée en gamme vers des origines protégées est une porte de sortie de crise.

Or, alors qu’en Europe, on recense 1510 origines protégées, rien que l’accord CETA n’en accepte que 173 (dont 42 AOP françaises) ! C’est seulement pour quelques produits, comme la féta grecque ou la Nürnberger Bratwürste (saucisse de Nuremberg, en Allemagne), que le Canada s’engage à respecter un étiquetage clair pour distinguer ses produits de ceux importés d’Europe.

Arme de guerre

En vérité, comme le suggère implicitement Jean-Pierre Robin dans Le Figaro du 26 avril, tous ces traités n’avouent pas le véritable but qu’ils recherchent : celui de la domination géopolitique de cartels financiers d’un monde transatlantique en déclin sur celui des émergents, c’est-à-dire surtout la Chine, l’Inde et la Russie.

Jean-Pierre Robin :

Nous voilà revenus aux premières heures de la guerre froide, en 1949, quand l’Europe et l’Amérique du Nord négociaient l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord). Sauf que cette fois il ne s’agit pas d’affaires militaires mais de relations commerciales entre les États-Unis et l’UE (…) Lorsque deux partenaires négocient un contrat, c’est moins pour l’intérêt réciproque qu’ils se manifestent que vis-à-vis des autres. Erga omnes, disent les juristes. En l’occurrence, le TTIP vaudrait avant tout comme un instrument commercial offensif vis-à-vis des autres nations, notamment la Chine, mais pas seulement. C’est l’argument majeur que Barack Obama est venu développer mezza voce à Hanovre (…) L’UE et les États-Unis constituent à eux deux 45 % de la richesse mondiale et du commerce international. Or l’objectif prioritaire du TTIP n’est pas d’abaisser les droits de douane, qui l’ont déjà été substantiellement, que de créer des normes techniques communes. (…) À partir du moment où les deux puissances économiques les plus avancées de la planète se mettent d’accord pour harmoniser leurs normes, en matière de santé et d’environnement entre autres, il y a alors de fortes chances pour que celles-ci s’imposent de facto au reste du monde.

La France ?

Le 14 avril, lors de son émission spéciale de France2, le président français s’est montré réservé en disant que « La France peut toujours dire non ».

Et au lendemain de la divulgation de documents révélant l’avancée des discussions sur le TTIP, Hollande a précisé, mardi 3 mai, que « la France, à ce stade » des négociations disait « non », car « nous ne sommes pas pour le libre-échange sans règle ». Et il a ajouté : « Jamais nous n’accepterons la mise en cause des principes essentiels pour notre agriculture, notre culture, pour la réciprocité pour l’accès aux marchés publics. »

Engagement réel, manœuvre électorale ou posture de négociation ? Comme après le discours du Bourget, nous le jugerons sur les actes.

Ce qui me tient à coeur

La Chine construira 20 centrales nucléaires flottantes

Karel Vereycken
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La Chine envisage de construire une vingtaine de mini-centrales nucléaires flottantes d’ici 2030, rapporte le journal Global Times du 22 avril. Deux têtes de série doivent voir le jour d’ici 2020. La construction de ces centrales s’inscrit dans le cadre de la volonté chinoise de doubler d’ici 2020 la capacité de son parc nucléaire. Actuellement dotée de 30 réacteurs, pour une puissance totale de 28,3 MW, la Chine vise les 58 GW d’ici 2020.

Depuis longtemps, nous avons souligné les avantages multiples de cette « révolution silencieuse ». Ces navires équipés de petits réacteurs sont conçus pour alimenter en électricité les plateformes de forage gazières et pétrolières, mais aussi des îles et zones côtières, en fournissant, par exemple, l’énergie nécessaire à des opérations de désalinisation de l’eau.

Selon le XIIIe plan quinquennal, deux projets concurrents de centrales nucléaires flottantes seront développés d’ici 2020 :

  • Le réacteur ACPR 50S porté par CGN (China General Nuclear). Embarqué à bord d’un navire, il aurait une puissance de 200 MW. CGN veut terminer sa construction d’ici quatre ans ;
  • Le réacteur ACP 100S de CNNC (China National Nuclear Corporation) d’une puissance de 450 MW et également embarqué à l’intérieur d’un navire, devrait quant à lui être opérationnel pour 2019.

Par ailleurs, le groupe CNNC a fait savoir qu’il envisage la construction d’ici 2030 de 30 centrales nucléaires classiques à l’étranger dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Ceinture économique de la Route de la Soie ».

CNNC détient tous les droits de propriété intellectuelle sur les technologies nécessaires pour la construction de centrales flottantes. Début mars, le président du groupe, Sun Qin, a annoncé que la construction d’une première centrale nucléaire flottante sera lancée avant la fin de l’année 2016. Toujours selon lui, l’installation sera mise en service en 2019.

Son groupe, avec la CGN, travaillent de pair avec la société de construction navale CSIC (China Ship building Industry Corp) pour construire les plateformes flottantes. À cet effet, la CSIC a créé en 2014 un Centre national de recherche, baptisé « Institut 719 », pour concentrer les compétences technologiques dans ce domaine.

La première centrale nucléaire flottante chinoise serait envoyée en mer de Chine méridionale. La mise en place d’une installation de ce genre nécessite environ 3 milliards de yuans (461 millions de dollars). D’après Channel News Asia, elle permettra d’apporter de l’électricité aux îles artificielles, créés de toute pièce dans les zones reculées des Spratly et des Paracelse, une nouvelle façon pour la Chine d’y consolider sa souveraineté.

Russie, États-Unis, France

Comme le savent fort bien les lecteurs de notre site, il ne s’agit pas du premier projet de centrale nucléaire flottante.

La Russie est déjà engagée dans la construction du navire Akademic Lomonosov qui sera équipé de deux réacteurs KLT-40 et pourra ainsi fournir jusqu’à 70 MW d’électricité et 300 MW de chaleur, soit une puissance suffisante pour répondre aux besoins d’une ville d’environ 200 000 habitants. En plus, par ses capacités de dessalement, il peut également fournir 240 000 mètres cubes d’eau douce par jour.

Pour différentes raisons, le projet a pris du retard. D’après l’agence de presse russe RIA Novosti, une deuxième centrale flottante russe sera construite d’ici 2030.

Enfin, ces centrales nucléaires embarquées dans des bateaux sont à bien différencier des unités nucléaires sur plateforme flottante développées par une équipe de chercheurs du MIT aux États-Unis, placées au large de la même manière qu’une plateforme pétrolière, mais non pas sur un navire mobile.

Comme nous l’avons rapporté à l’époque, en France, un pays doté de sous-marins nucléaires et donc doté de toutes les technologies nécessaires pour ce type de projet, la DCNS et EDF ont proposé en 2011 le projet FlexBlue, une mini-centrale nucléaire posée au niveau des fonds marins.

Bien qu’il n’existe aucun obstacle technique ou de sûreté nucléaire, pour des raisons politico-financières le projet tarde à être mis en chantier alors qu’au niveau mondial, le marché potentiel est estimé à 200 réacteurs avec une quinzaine de pays ayant montré leur intérêt pour ce type de centrales. A part la Russie et la Chine, il s’agit de l’Indonésie, de la Malaisie, de l’Algérie, de la Namibie et de l’Argentine.